Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIHE SOCIALISTE 3ïi moment ne nous semble pas encore venu pour une action décisive et immédiate. La Révolution marche à grands pas; n'obstruons pas sa ,·oute par une impatience bien légitime, mais qui pourrait devenir désastreuse. Au nom de celle Hépublique sociale que nous voulons tous, au nom du salut de la démocratie, nous invitons nos amis il ne pas compromettre une telle situation•· Après les troubles, des arrestations en masse eurent lieu, entre aut1·es celle de Yarlin qui demeura quelques jours sous les vc,·rous et fut relâché sans avoir été seulement interrogé, cl celle du mécanicien ~légy, qui tua l'inspecteur chargé de l'arrêter, cl devint pour ce fait le président d'hon• ncur de Ioules les réunions publiques. Le gouvernement crnyait ou semblait croire à l'existence d'un vaste et mcna~·ant complot. Mais, si pendant ces premiers mois de 1870, les socialistes de l'lnlernationale prirent une part active à l'agitation politique, ils ne négligèrent point pour cela la tàche qui leur revenait en propre, la conduite des lutles ouvriè1·cs ni surtout l'organisation, sans laquelle, pensaient-ils, la Révolution ne pouvait ,'trc sociale. De janvier à a\'ril, ils furent orcupé~ par de nombreux conOits, mais surtout par la famcus~ grève du Creusot. On sait ce 9u'cst le Creusot actuel; on sait par quelles méthodes savantes les volontés ou\'rièrcs se trouvent encore dh·isécs et rompues dans le royaume des Schneider .. \11 temps du Second Empire, l'absolutisme patronal élait égal, plus franc seulement. On n'avait pas encore besoin d'user du système des « délégués ouvriers » ou autres analogues, pour anéantir toute velléité d'indépendance. Pendant un demi-siècle, l'oppression patronale est restée la même; el c'est une stupéfaction pour les vieux qui repassent Ioule leur vie, de voir qu'en 18i0, en 1881 ou en 190ï, les conditions morales el souvent même physiques des ouvriers creusotins sont restées presque identiques. « Dans celte ville aux maisons noires, disait ~1°Léon Bigot, le défenseur de l'ouvrier Assi au procès de l'Internationale, l'édilité, la police, les contraventions sont sous la surn•illance de l'Etat, confiés à un seul homme, maire du Creusot, seul usinier du Creusot, presque propriétaire du Creusot et quand il nait un petit-fils à ce haut et puissant seigneur, ses affidés suscitent l'enthousiasme, distribuent des lampion•, élèvent des mHs de cocagne an haut desquels s'agitent des banderoles tricolores a,ec celle inscription : A Schneider Ill ! > ( Troisième procès, page !l,4). Comment dans cette foule, soumise el servile, un jour, Je réveil se produisit-il? Il y avait bien, d'après ce que m'a raconté notre camarade J.-8. Durnay, un petit groupe de jeunes gens, dont il était, et qui avait fondé en 1868, une bibliothèque démocratique. Il est exact encore qu'aux élections de 1869, cer-

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