Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

376 lllSTOJHE SOCIALISTE Varlin, s'engagea à ne rien provoquer « sans s'être entendu avec eux»; et des dispositions furent prises pour empêcher les camarades de Lyon, de lllarscillc et de Loule la provincé de partir à faux, l!ux aussi, et pour rendre leur effort le plus efficace possible. « Le concours de la province, écrivait \"arlin, pourra nous être très utile pour fai1·e diversion et déconcerter Je gouvernement». (toc. cil. p. 41). La lutte, ils le sentaient, n'était qu'ajournée, et les craintes de labourgeoisie devaient la rendre plus difficile encore. « l'ious serons d'autant plus prudents, disait.encore \"arlin dans l_amême lettre, que nous nous sentons seuls. i:'ious devrons du même coup abattre toutes les têtes de l'hydre; mais il ne faut pas que nous les _manquions et c'est pourquoi nous hésitons» (Hl janvier 70). Quelques jours plus tard, les socialistes parisiens allaient se demander encore une fois si la bataille décisive n'était pas sur le point d'être engagée. Le 18 janvier, le Corps législatif avait autorisé des poursuites contre Rochefort; le 22, la 6• chambre l'avait condamné à six mois de prison et 3.000 fr. d'amende. Le ï février, on l'arrêtait à Belleville, au moment où il se rendait i, une réunion publique; et Flourens, se déclarant en état d'insurrection contre l'Empire« pour la défense des lois el du suffrage universel», appelait les faubourgs aux armes. Le 8 au matin, la 11farseillaise publiait un appel, signé de la plupart de ses collaborateurs (relevons les noms de Dereure, de Milliére et de Yarlin) et où ceux-ci affirmaient qu'ils continueraient à tenir haut et :ferme « le drapeau de la démocratie socialiste, de la revendication implacable ». Le soir, la police arrêta tous les rédacteurs présents dans le bureau du journal. Le mème jour, une délégation ouvrière était allée trouver plusieurs députés de la gauche pour leur demander de démissionner. « Si les députés s'étaient rendus à cette invitation, écrivait Varlin le lendemain (lettre à Richard) c'était le signal d'un soulèvement général. Les ouvriers sont prêts. Un acte des députés bourgeois aurait entrainé la bourgeoisie; en présence de l'unanimité du soulèvement, l'armée aurait sans doute hésité et la Révolution était faite». La démarche, on le voit, échoua. Le 0, cependant la foule allait grandissant. Çà el là de petites barricades, vite emportées, s'élevaient. Les craintes d'une collision sanglante augmentaient d'heure en heure. Mais l'issue de la bataille n'était que trop certaine, après avoir ainsi tardé deux jours à éclater. Le soir du 9, les journaux démocratiques publiaient un appel au calme signé des membres de l'Internationale. (Adam, Chalain, Combault, Davoust,Johannard, Landrin, Benoit Malon,Martin,Périer, Pindy). • La Révolution morale, disaient-ils, est faite. A toutes opinions honnêtes nous disons: la ruine, l'abaissement, la honte vont finir. La Révolution, on peut le dire, en est à son prologue ... Décidés que nous sommes à payer de nos personnes le succès de la Révolution, nous le disons sincèrement, le

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==