Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

lllSTOI HE SOCIALISTE réunions public1ues du soir furent lc,·écs sur un rri de vengeance. 1-~milc Ollivier, inquiet, sentant \"Cnir l'orage, décr(•la dans la 11uiL l'arrcslalion du p1·ince. Le 11, la Jlarseillaise, encadrée <le 11oir, appelait aux armes: • Yoilà dix-huit ans, s'écriait Hochefort, que la Fa·ancc esL entre les mains ensanglantées de ces coupe-jarrets qui, non contents <le mitrailler les républicains dans les rues, les attirent dans· des pièges irnmoudes, pour les égorger à domicile. Peuple français, est-cc que décidément lu ne trouves pas qu'en ,·oilà assez?,, Le 12, deux cenl mille hommes, \"Cnus à ~cuilly oü se lrou,ait le corps de \ïcto1· Xoir, Lémoignaicnl qu'ils en avaient assez. 1.cs troupes gardaient l'avenue des Champs-1::Jysécs, prèles ~1 frapper, si Je cortège re,·cnait en insurrection ,ers Paris. l\ochcforl, chef dont elle attendait le mot d'ordre, recula devant la collision, <levant le massacre à peu près certain. Cc fut it '.'ieuilly el non au Pè1·c-l.achaisc que le corps <le \Ïclor :'ioir fut portt~. Le soir, Gustave Flourens, l'homme de l'action, en,oya ·sa démission au directeur de la Jlarseillaise. Qu'a,·aient fait, pendant ces joui nées, lc-s hommes de l'Internationale~ Leurs lettres montrent à la fois les espoirs cl les inquiétudes qui les ag:- tèrcnt. Tous, en nombre, membres de l'Internationale ou mcmb1·es des sociétés ou, ri ères, « t.ans s'être donné le mol à l'a,·ance N' ils s'étaient rendus vers la petite maison de Xcuilly et ils s'étaient llou,·és di,·i~és, comme Flou1·cns cl Rochefort, comme la foule entière, entre ces deux sentiments: li\'rcr bataille ou alteudrc. Troisii:me proci.•s, p. '•0.. Les mâlitanls, \'arlin, :\lalon, approu,·èrcnt Hochcfort de « n'avoir pas cn,·oyé au massacre les mcilleu,·s soldats de la llé\'oluLion N Lcllre de \'adin, ibidem, p. 30). ~lais, a,·cc )cul' sùl'eté de vue cl leur intelligence habituelles, ils tirèrent <le la journée la leçon qu'elle comportait. Si llochcfo,t a\'ait été de l'a\'ÎS de Flour()ns, le peuple aurait marché sur Paris. « Les délégués de la Chambre fédérale s'émurent du danger qu'il y a\'ait pour la cause populaire à abandonner ainsi la direction i1 un ou plusieurs hommes». Des circonstances semblables pouvant se présenter, il faliaiL ,'trc prêt." Il ne faut pas, écrhait Yal'lin, que la population ouvrière et socialiste soit exposée à ce que le mot d'ord1;e soit dans un quartier« combat» el dans un autre« situation» (sic. Pour éviter lout malentendu compromettant, cl aussi pour cmpècher que quelques individualités ne s'emparent du mou, cmcnt, nous avons décidé que désormais nous suivrions alLcnti,·cmenl le mouvemcut politique et que, 1 dans toutes occasions, nous nous consulLcrioos sur cc qu'il y aurait à faire. Les esprits sont montés; la révolution s'avance; il ne faut P"-S nous laisser déborder». Les socialistes prirent donc leurs précautions. Non seulement, les délégués à la Chamb,·e fédérale décidèrent que désormais ils donneraient aux sociétés un mot d'ordre unique. Mais Rochefort même, sur la demande de

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