Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOll1E SOCI.\LIS1 E llichard. les pr(·jugés que nous avons à combattre sont purement politique~. Cc sont tu~ qui cntra,·cnt notre marche. Trop de nos amis ,·culent démolir avant de s'as~urcr s'ils possèdent en assez g-rande quantité ks materiaux nécessaires à la reconstruction <"lsurtout les 011,-ricrs capahlcs de tra\'ailler ù l'édification. Certes, les architectes et les ingénieur!- sont aujourd'hui en nomhrc suffisant, mais cela ne suffit pas. Il faut les améliorations indispensables et nous ne les a,·ons pas cnco1·e en assez grand nombre. Les élcl'lio11s générales l'ont prouvé, surtout Paris qui a abdiqué encore uuc fois ses aspirations sociales pour· fai,·e caust• comrnunr a,ec ses ennemis naturels, dans la cl'aintc de n'a\'Oil' pas assez ,ite C(' quïl appelle ses droits politiques. alor:,, qu'il les a possédés cinq fois sans a\'oir su en tirer parti. J'ai regretté cette manière de ,·oil' dans nos amis de Paris, eux qui m'a,·airnl pou1'tant promis de s'affirmer carrément rn face de la bourgeoisie. Qu'ils regardent mainte• uanl qu'est-cc que cela leur a donné. L'un creux, à qui je manifestais mes regrets, m'a répondu qu'ils avaÎC'nt craint en agissant ainsi de voir tous lc:t ad\'crsaires du pouYoii· faire cause conununca,·cc lui pour tuer Ir socialisme. C'est a,·oir, vous en l'OllYÎcn<frcz, peu de foi dans notre mou, cmcnt, pou1· posséder tant de craintes; mais si k contraire avait lieu, ,:·c~t•ù-dirc si Je sodalismc était Yainqucm·, est-ce qu'il n'aurait pa-.. C'galcment demain la rnt.,mc coalition que celle de la Ycille ~ Espérons, si, comme beaucoup le pensent, il faut recommencer la lutte, que nous nous c·omportcrons <·elle fois plus en conformité de- vue avec les priuripes que nou ... défendons. Du reste, jr suis sùr, en cette circonstance, que ,ous pensez comme moi ». I". Hichard, en effet, n'était pas éloig11é de penser comme lui. Comme on l'a pu voit à toutes les époques de nolte histoire, soit au Lemps de la Hè,olulion, soit en 1831 et en 183',, soit enfin en 18',8 et apri·s ~2, loujours la lutte des classes a été acharnée dans la grande cilé. :'\ulle part, les républicains bourgeois n'apportèrent à combattre l'Jnternationalc autant de ,·iolencc. En 1866, c'est sou~sleur effort que la première section avait t:té ruinée; ceux qui, a,·ec Richard, l'établirent l'organisation, ceux qui menèrent les rudes grè\'CS de 1869, furent en bulle à toutes les calomnies, à toutes les intrigues les plus basses .. \ussi les socialistes lyonnais ne pouYaicnt-ils faire fond sur Je mouYement républicain politique. lis se sentaient réduits à leurs propres forces. « Entre vous et votre bourgeoisie, leur écrivait Bastelica, il y a les massacres de la Croix-Rousse». De là la nuance spéciale de leur conception révolutionnaire. ~ous n'avons que peu de lettres de Richard lui•mème. Les réponses de ses co1-rcspondants pcrmettenl au moins de deYiner ses idées. Lui aussi, il ne voulait songer qu'à la révolution sociale; el il n'avait, il ne pou,·ait avoir que du mépi·is et de la haine pour les hommes qui se prétendaient républicains et cherchaient à étoull'er à Lyon tout mou,·emenl -0uvrier. A :\.larseille, Bastelica était trop vi\'anl, trop avide d'é1ilotions, trop .-0urieux de l'avenir prochain, pour ne pas se mêler, a\'ec un air de scepli

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