322 HISTOIRE SOCIALISTE cussion s'élève, ardente el féconde, entre le socialisme et la République pure. Nous l'avons dit : ce sont les lois de 1868, ce sont la loi sur la presse, promulguée le 11 mai et la loi sur les réunions publiques, promulguée le ü juin, qui donnèrent l'essor au mouvement républicain et socialiste jusqu"a• lol's contenu, cl qui permirent aux sentiments des foules de se manifester. 011 en connait les principales dispositions. La loi s11r la presse abolissait le r(-gimc des autorisations. Pour fonder un journal, il n'y avait plus besoin d'autorisation; une déclaration suffisait. Les avertissements étaient abolis; abolies également les suspensions et les suppressions par voie admi.nistrati"ve. Les journaux ne pouvaient plus être frappés que par une sentence judiciaire; mais, comme le gou,·eroement impérial savait ce qu 1il en a Tait coùté à des gouvernements antérieurs d'avoir laissé au jury le soin d'apprécier les délits de presse, les procès de presse étaient renvoyés aux tribunaux correctionnels; cl les pénalités étaient énormes. ll demeurait défendu aux journaux de discuter la Constitution et de publier sur Les débats des Chambres autre cho•e qu'un compte-rendu officiel. Des entra.ves fiscales, comme le timbre cl le cautionnement, subsistaient nombreuses. En fait, le pouvoir discrétionnaire du gouvernement sur la presse se trouvait aboli; mais le régime auquel elle se trouvait soumise, àemeurait encore assez ru<le. La loi sur les réunions autorisait en principe les réunions publiques; mais clics ne pouvaient avoir lieu qu'après une déclaration signée de sept personnes, dans un local fermé, et sous la surveillance d'un commissaire de police, qui avait le p<Hn·oir de les dissoudre. Le gouvernement avait le droit d'ajourner oa d'interdire toute réunion. La loi ne parlait point du dl'oit d'association. Ce droit n'existait point. Il n'existait qu'uno tolérance gouvernementale. Pour quelles raisons, après avoir retardé près de dix-huit mois l'accomplissement des promesses libérales faites en janvier 186ï, !"Empereur s'étaitil brusquement décidé à les tenir? Au début même de 1868, on pounit se sentir encore en pleine réaction. Depuis l'affaire de :\lentana, depuis les interpellations et débats sur les aJîaires d"Italie (décembre 67), le goITTerne- )Jlent se trouvait de nouveau inféodé aux intérèts catholiques. L'Ernpet'enr répondait aux archeTeques par d~ pieux discours, appelait sur son règne la protection divine et proclamait que • l'l~glisc est le sanctuaire où se maill'- tienncnl intacts les granJs principes de mol"ale chrétienne qui élèvent l'Ame au-dessus des int&rèts matériels » Discours de Rouen, mai 1868). Les évêques, haassant le ton, prétendaient régenter l'~:tat el multipliaient IN attaques corrtre l'Université, propagatrice des doctrines immorales et pe,-- verses. M. de 8onnechose, au Sénat, combattait la liberté de l'lfoseignem1111t supérieor; ~I. Dupanloup, l'évêque d'Orléans, s'acharnait contre les coura secondaires de jeunes filles, dont l'éducation, confiée à l'Église comme n■ dépôt, ne pouvait, disait-il, lui être ravie. Et l'épiscopat français presque
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