Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE 321 détesté, pour le rétablissement de la république, mais aussi peut-être pour la fin de la misère prolétaire, pour la Hérnlution sociale. CIIAPITHE \'l 1 nms LA Rl:h°OL(;TIOX SOCfAI.F. C'est de !"année 1868 que date vraiment le grand mouvement républicain et révolutionnaire qui devait lôt ou lard emporter !"Empire. Jusqu'alors, les petits groupes républicains se trouvaient plus ou moins réduits à un tra,·ail de termites, minant lcnlcment et sourdement l'édifice impérial, ouYrant les brèches par oit passaient soudain les candidats de gauche, hostiles à l'autorité. Les groupements ouvriers réunissaient les militants, rien de plus; ils ne voyaient point venir à leurs appels cPs masses anonymes, incertaines el flottantes, mais dont les flottements mêmes ré\'èlenl l'influence exercée, indiquent l'action nécessaire. A partir de 1868, comme subitement, la scène change. C'est à des foules réveillées que les· républicains et les socialistes ,·ont s'adresser. Désormais, l'Empire apparait à tous comme condamné. Question de temps seulement; mais nul ne doute que tôt ou tard le gouvernement du 2 Décembre ne suc• combe. « Les temps sont proches! » ; c'est l'idée co11lmune, celle qu'on retrouve alors jusque dans les lettres intimes. De juin 1868 à juillet 18ï0, ce sont des mois d'activité intense, des moi~ de fiên·e, d'inquiétude el d'enthousiasme que nos pères ont ,·écu. inquiétude des intrigues 1,t des manœuvres parlementaires, ministérielles ou policières, par lesquelles l'Empire ébranlé tente de se consolider; inquiétude surtout de ces b,:uils de guerre, qui retentissent de temps à autre, en asril GS, en octobre 68, en mars 6!), el qui viennent rappeler aux républicains que c'est dans les conflits extérieurs que les despotismes menacés ont toujours cherché des moyens de se rétablir. 1\lais aux heures de réunion ou dans les jours de grande manifestation, lorsque tout Paris tressaille, lorsque la capitale semble déjà en étal révolutionnaire, la confiance revient à tous les cœurs: les temps sont proches! Quels temps ? - Ceux de la République sans doute. - ~lais quelle République? La Hép11bliq11corganisée et rassurante que tâchent de définir et de régler Gambetta et ses amis? La République jacobine et conventionnelle de Delescluze' Ou bien déji,, tout de suite, la République sociale, la République de justice et d'égalité? Qui sera,, la pointe de la bataille? Qui entraînera les foules déchainées? Dans la lutte quïls mènent e,n commun, c'est la préoccupation de tous.· Il ne faut pas que la Révolution surprenne, comme celle de 1848; il faut, ennemis de l'Empire, que nous soyions prêts à prendre le pouvoir, prêts ,, organiser la société. Et, dans cette heure de force et d'élan, sans qu'elle affaiblisse la bataille générale, la dis~

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