320 IIISTOIRE SOCIALISTE sommes deux partis, mus le parti de l'ordre à tout prix, de la stabilité, nous le parti réformateur» el alors, dans une description virulente il dénonça les misères de !"étal social • rongé par l'inégalité, tué par l'insolidarilé »; il mit en parallèle la vie jouisseuse d"un petit nombre et la masse, « la grande masse languissant dans la misère et dans l'ignorance, ici s'agitant sous une oppression implacable, là; décimée par la famine, partout croupissant dans les préjugés et les superstitions qui perpétuent son esclavage de fait». Il fit, dans le détail, cl avec une éloquence simple et saisissante, le tableau comparé tic la vie du. riche et de celle du pauvre; il dit « la haine sourde entre la classe qui veut conserver et celle qui veut reconquérir», entre la classe parasite et la classe du travail désormais consciente. <( Lorsqu'une classe, conclut-il, a perdu la supériorité morale qui l'a faite dominante, elle doit se hâter de s'effacer, si elle ne veut pas être cruelle, parce que la cruauté est le lot ordinaire de tous les pouvoirs qui tombent. Que la bourgeoisie comprenne donc que, puisque ses aspirations ne sont pas assez vastes pour embrasser les besoins de l'époque, clic n'a qu'à se confondre dans la jeune classe qui apporte une régénération plus puissante: l'égalité et la solidarité par la liberté •· (Procès, p. 165J. Celle fois, les juges frappèrent plus rude. Varlin n'avait point plaidé l'indulgence. Cc fut pour chacun des prévenus, trois mois de prison, 100 francs d'amende. Ils en appelèrent. Le 19 juin, le jugement fut confirmé. Le gouvernement avait donc réussi : l'Internationale parisienne était anéantie. Déjà, immédiatement après le premier procès, le nombre des membres, de 5 à 800 environ, était tombé ,, une centaine. Beaucoup ne se souciaient pas d'aller en prison. Quand les membres de la deuxième commission furent jugés et emprisonnés, ce fut pis encore. Murat r~slail sans doute en relations avec Dupont, le secrétaire général pour la France, à Londres. Le petit groupe de militants demeurait bien fidèle à ses idées; mai&l'association comme telle était mort~. C'était Tolain qui en septembl'e, le déclarait au 3' Congrès, à Bruxelles: les adhérents français ne pourraient plus désol'mais servir la cause commune que par des efforts individuels. l\lais les sections françaises de l'Internationale ne devaient pas tarder à renaitre ou à se ré,·eiller. A l'heure mème oü avait lieu les derniers débats de ses procès, el tandis que les membres de la deuxième commission entraient ü Sainte-Pélagie, se tenait à Paris, le 20 juin, la· première réunion publique, La loi sur la presse cl la loi sur les réunions, avidement utilisées par le peuple ouvrier et par le parti républicain, allait .-endl'e aux masses la hardiesse de pensée et l'énergie d'action que de longues années d'oppression avait éteintes et que le dévo,\ment obstiné d'une poignée d'hommes avaient eu jusqu'alors tant de peine à réveille,·. C'était désormais une foule avide d'apprendre et prompte à s'émouvoir, que les militants révolutionnaires allaient entrainer à la bataille, pour le renversement de l'Empire
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