Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIHE SOCIALISTli Enfin, encore au même Lemps, en celle fin <le mars 18Gï, ils prenaient position, avec nellcté et courage, en face des évènements de Roubaix. I.e J.J mars, en effet, les patl'ons <le Roubaix a,·aicnt, apr,'-s entente, affiché un règlement draconien, dans toutes les usines de la ville. « L'ouvrier, disait l'article ;J, conduira deux métiers à la fois si le patl'on le juge convenable et et si l'ouvrier s'est engagé pour cela. - l.'ou,-rier qui, pa1· imprudence prouvée, brisera 011 détériorera une pièce quelconque de son métier, sera tenu de payer la valeur du domni:1g-c art. 12. - Les pièces mal faites supporteront un rabais proportionné à la gravité des défauts (art. J:1)•· Le Hi mars, la réponse des ou,Ticrs fut terrible. En quelques heures, des usines furent saccagées: les métiers furent brisés; des incendies éclat(·rent. Le soir, des troupes occupèrent la ,·ille: 8ï arrestations furent opérées. Pal' un manifc_~le, signé de ses trois torrcspondants, Tolain, Fribourg, Yarlin, la commission parisienne proclama « le droit <les ouvriers à une augmentation proportionnelle. alo1·s que, par un nouvel outillage, une production plus considérable leur est imposée>>; elle flétrit les règlements imposés aux travailleurs de Houbaix, « règlements faits pour des scds el non pou1· des hommes libres »: et elle signala que, dans celte grève d'abord calme, l'intervention de la gendarmerie n'avait pu qu'irriter les ou,-ricrs qui croyaient y voir une p1·ession cl une menace ». i\lais se tournant alors Ycrs les ounie,·s de Roubaix, clic les conjurait de rester calmes. "{Quels que soient, disait-clic, vos justes griefs, rien ne peut justifier les actes de destruction dont ,·ous vous êtes rendus coupables.- Songez que la machine, instrument de t1·a,·ail, <loit vous t.~trc sacrée; songez que de pareilles violences compromettent ,·otrc cause et celle de tous les travailleurs. Songez que vous venez de fournir des armes aux adversaires de la liberté et aux calomniateurs du peuple.), Il y avail peut-être d'aull'cs choses à di1·e, en la circonstance, d'aut1·es leçons ù tirer des faits. li faut louer cependant la sinc,:rité de ces hommes qui, au milieu <l'une propagande plutùl pénible, ne firent jamais de battage ni <le surenchêl'c. D'ailleu1·s, en te1·n1inant, loin de renier leUI s frê1·es violents, ils proclamaient 11 la solidarité cl'intért~ls et de rnis(·re II qui les u11issait à eux et ils demandaient à chacun de leur donner appui, matériel et moral. Tous ces mouvements, toutes ces manifestations, fléchissrment des affaire~, oppo~ition protectionniste, grèves, émeutes ouv1·iêres, pous~aienl naturcllemenl le gou\'crncmcnl impérial à hâter les quelques réformes :--ociriles auxquelles il etail ll peu p1·ès décidé à ,·onscntil'. Plus <111c janinis, depuis Sadowa, puisqu'il lui avait élé impossible de 1·ctronvcr J'enthousiasme populaire de 1850, ~apoléon 111 devait chercher à gagner la confiance oun·ière en hâtant la réalisation des réformes pl'omises. Depuis qu'ils a,·aicnt pu <le nouveau élever la voix, les ou,TÎc1·s avaient énergiquement réclamé l'instruction gratuite cl obligatoÎl'C. En 1867, le

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