Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOJ RE SOCIALISTE jettent plus ,, la face; qu'ils les lmilcnt plutùt. Ces lettres sont écrites non à eux, mais aux fantôrnrs de notre irnagination jn,•,:nile. « ~ous a,·ons appris ô connalt1·c ces hommC"s.... \lors nous a,·ons brusquement rompu a,·ec eux. Leurs salons ou,·,·,·ts pour nous :t drux ballants ont été dCsertés. On se caserna au quartie1· Latin, et on ne fréqurnla que des OU\'l'ÎCrS. » Ainsi, en politique, ,·is-i1-Yis de l'Empire, opposition irréduetiblc. La jeunesse csl avec ceux qui ne pactisent pas; elle ne peul l'tre a,·cc l'opposition parlementaire. )lais il y a des vieux de 18'18 aussi qui ne pactisent pas: est-ce a\'CC ceux-là que l11tte la jeunesse:' la nou,·clle g-é-nération repl'end-cllc donc à son compte leurs idées, leurs théol'ies~ En aucune maniCre. ~ Ces hommes, d'nilleul's honornhks, qui \o;.'ulent « repliilrcr 18'18 ).,ne comprennent pas que l'égalité politique sans l'égalilé économique est prëcaÎJ"C. « Le parti de 18118 se renferrn(' étroilcmcntdan~ son idéal purement, honnêtement républicain, mais anti-raclical, anti-socialiste et condam11é par conséquent i.t cÏi~paraitrC' comme toute ulopi<' el toutr \·aine déclamation.>> Les jeunes ne sont pas de cc parti. C'est que par-delà l'année 18;:;1, ils ont recherché la raison de la situation dont ils souffrent. « Condamnés au silence et ù l'étude par l'Empire, ils se mis au travail)>. Lis ont étudié l'histoire, l'histoire du peuple s111'lo11te, t non plus celle des grands premiers rùles. Dans les l~coles dP FN11u·c, Tridon a raconté déjà cc que furent les llébertistcs, ces représentants authentiques de la foule ré,•olntionnaire. Les jeunes ont appris que, si la liberté politique a été anéantie, c'est que leS nécessaires réformes sociales n'ont pas été accomplies. La nouvelle génération, déclare Paul Lafargue, a compris qu'il était nécessaire de changer non-seulemf'nt le gouver11emcnl, mais la société même« qui l'a produit et qui le soutient»."< ~ous savons que tanl que nous n'aurons pas changé: )a société:, rien ne sera fait; nous aul'o11s toujours des empires, moins le nom peut-ètrc, mais qu'importe le nom? La cause restant la nH\me, le mème erret se produira». JI faud1:a donc lravaillcr à résoudre la question sociale, « la plus fo,·midablc de toutes », déclare le prospectus de la Nive (;auclie. Tous lisent, relisent, commcnte(ll et déYcloppcnt Proudhon. Longuet, Lafargue avant d'avoir connu ~larx, Ycrmorel, Pierre Denis, César de Pacpc (encore i, cette époquej, et une foule d'autres sont des Proudhoniens décidés. Socialisme mutuclliste, principe économique de la reciprocité et principe politique dll fédéralisme, ce sont les formules accoutumées. Au Courrier Fran('ais cl ù la R;ve Gauche collaborent les disciples directs du maitre, Chaudey et Duchêne. La déclaration par laquelle débuta le C'oun·ier Franço;s le 20 mai 186G, est -entierement proudhonienne. Mais toute cette jeunesse subit une autre influence, profonde, ineffaçable chez beaucoup, celle <le Blanqui. Le ll, juin 1861, après deux ans de liberté, « -ce maniaque de conspiration », comme l'appelle dédaigneusement Taxilc

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