Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

282 IIISTOIRE SOCI.\LISTE réclamaicnl les l'nrlcmcntaircs de la gaud1c ou m~mc du Tiers-parti. C'était ce que \'Ou laient réaliser, mais dans un lout autre esprit, les socialistes du Courrier F'rançais. \~crmorel l'écrivait avec une grande force dès le !l septembre J8B6, alors qu'auto111· de lui tanl de gens déjà pa,laicnt de « la rcrnnche de la France• : • On ne peul répudier les errements de la vieille politique qu'à la condition d'entrer franchement dans la voie de la politique no"'·cllc ... JI y a longtemps qu·on l'a dit : le pouvoir est pincé entre ces deux alle,·nati,·cs : la gloi,·c cxléricut·c ou la libcrlé intérieure ... La F1·ancc a une re\'anchc à prendre eu Europe. (Ju'elle mellc son honneur à la prendre sur le terrain de la liberté large et des applications sociales. Elle peul laisser sans 1·cgrct à la Prusse la gloire des batailles, des annexions, des conqnètcs cl des fusils à aiguille•· Celte politique si noble cl si habile, que les hommes d"Etat les plus éclairés de la troisième République n'onl pu que difficilemcnl faire accepter à la France après la guenc franco-allemande, le gouverncmcnl impédal, 111oins,1uctout autre, pou,·ait la comprendre. :\lais it défaut de ces hautes con• sidéralions, le simple souci dynastique pou, ait le faire réfléchir. Et, en fait, il réfléchit, il s'inquiêla : mais il était désormais incapable, - si du moins il ne le fut pas loujours, - de changer hardiment et brusquement de système. li lassa l'opinion, il lassa 111,',ucdes parlcmemaires, par ses hésitations entre le système autoritaire cl le système libéral, par ses flatteries alternées i, Houhet· cl Ollivict·, par ses concessions incomplètes cl souvent mème illusoires, toujours trop tardives en tout cas pour exercer sur l'opinion la plus petite inlluence. Nous passerons rapidement sur toute la vie parlementai,·e de 1864 ù 18H8. Son importance, à tout prend,·e, est médiocre dans l'histoire fran~aise . .\prés l'amendement des quarante-cinq, !'Empereur, poussé par Rouher, avait semblé un moment.devoir s'opposer ü toute velléité de libéralisme. Pour couper court aux efforts de la gauche en vue d'arracher une revision constitutionnelle, il avait fait décider par un Sénatus consulte {14 juillet 1866) que désormais la discussion de tout changement à la COO$titution serait exclusivement réservée au Sénat: ni le Corps législatif, ni la presse, ne pou,·aient toucher aux questions constit11tionnellcs. I.e vieux système apparaissait intangible. Or, six mois plus tard, bl'llsquemenl, le 1!l janvier 1867, et sans qu'aucun fait nouveau se f,itproduit, sinon le mérontcntementcroissant, l'audace croissante des republicains, le souverain penchait aux réformes, et Émile Ollivier croyait l'emporter. Par un décret émané de !'Empereur, le droit d'interpellation était rendu aux députés; l'adresse était supprimée comme inutile; un ministre pourrait être spécialement chargé par le souverain de le représenter au 1.uxembourgou au Palais-Bourbon. Enfin la lettre au ministre d'Etat qui accompagnait le décret annonçait le dépôt de deux projets de loi: l'un

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