Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

JIJSTOIRE SOCIALISTE 2ï3 sentit que son humiliation. Depuis des années, les agents bonapartistes avaient surexcité le nationalisme français : l'Empcrcur s'était efforcé de réconcilier tous les partis sous le manteau de la gloire impériale. Le déclin de son influence en Europe devait également tourner contre lui tous les partis. Ce fut un déchaincrnent. La nation tout entiêrc parut soudain comprendre l'argumentation de Thiers. L'opinion française réclama une revanche. La politique de la revanche ne date pas de 18ï0; clic date de 1866, du lendemain de Sadowa. Les libéraux de la veille, les tenants des nationalités, les hommes de la « politique des principes», se retrouvèrent pour la développer. « Les admirateurs de :\1. de Bismarck, raconte Pcssard, qui a bien noté cc revirement <le l'opinion, voulaient lui arracher la peau du dos. » (.lies petits papiers, 1, 177). Quinet, G. Sand, Daniel Stern, les républicains, s'élevaient conti·e celte œuvre anti-française ; les conservateurs rappelaient les prophéties de Thiers; el les bonapartistes, soucieux de l'avenir dynastique, poussaient à la guerre. Ce fut une heure gra,·e, que celle où tous les partis, retournés ainsi contre l'Empire, lui demandèrent de nou,·eau et avec plus de véhé1nence, de donner satisfaction il l'amour-propre national. L'Empereur, loujour.s guidé par le souci dynastique et par les préoccupations intérieures, se sentait contraint de répondre,, ces désirs. li allait recourir encore à la « politique des pourboires »; il allait, sous l'unique réser\'e du consentement des peuples, réclamer des annexions; mais il allait aussi, en les réclamant, heurter les ambitions germaniques, les idées de la race allemande. Tous lrs patriotes <l'outre-Rhin, en effet, tous les unitaires, au lendemain de la \"lctoire, s'étaient groupés derrière Bismarck et derrière les armées prussiennes; les députés libéraux, qui lui a\'aicnt mené une si rude guerre au Parlement, lui avaient pardonné ses violences el ses coups d7Etat; ils allaient être désormais a,·ec lui les défenseurs de l'intégrité du territoire allemand. De nation à nation, une querelle se formait, é,·cillant des passions de plus rn plus redoutables. Il eùl été prudent de la part du gouvernement français de ne point surex citer les sentiments nationalistes qui bouillonnaient déjà des deux côtés du Rhin. Si les forces défensives de la France étaient insuffisantes pour la garantir contre les ambitions germaniques, il fallait les affermir. Napoléon JII, au contraire, s'ingénia, comme à plaisir, à éveiller les soupçons el à s'attirer des humiliations. Dès le moment des négociations de Nikolsbourg, entre l'Autriche et la Prusse, Benedetti « le Petit Corse enragé• avait apporté à Bismarck les demandes de la France: «une note d'aubergiste, disait le PrÙssien, Mayence el une partie de la rive gauche du Rhin•· Bismarck avait répondu:« Pas un pouce de territoire germanique!» El il s'attendit à la guerre. L'Emperenr ne fit point

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