Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

272 HISTOIRE SOCIALlSTEJ Congrès, Bismarck s'était écrié joyeusement : • c·c~L la guerre! », el il avait pris aussitôt les devants. Le ï juin, les troupes prussiennes étaient entrées en Holstein, le 16, la majorité des Etats allemands décrétait cont,·c la Prusse l'exécution fédérale; le 18, les troupes prussiennes occupaient la Saxe, et Je 23 elles entraient en Bohême. Le :1 juillet, it Sadowa, elles écrasaient l'armée autrichienne. Au rnèmc temps, ùu 28juin au 111 juillet, Ilanovriens, Oavarois et Hcssois a,·aicnt été également battus; mais le 211jllin, les alliés Italiens avaient été accablés par l'archiduc ,\Ibert, à Custozza. L'elîct de ces nouvelles fut de stupeur dons rentourage impédal. li fut moins rapide dans le public : le t, juillet, l'Autriche avait demandé la médiation de la France: clic abandonnait la Yénétic pour l'Italie. La paix semblait prochaine: la rente monta; et il y eut même it Paris quelques manifestations de joie symp;thi,1ne pour l'Italie. Mais dans quelles conditions, la France, intcn·cnait-ellc? Quelles allaient èll'C les stipulations de son arbitrage'.' A l'heure même oü les libéraux se rt'jouissaient, le sort de la France venait de se décider. Dans un conseil tenu le 5juillet au soir, ~I. de la Valette avait fait écarter l'idée d'une médiation armée : l'Empcreu1·, lassé, malade, anxieux, a\'ait renoncé à suivre Je conseil du pré\'oyant Drouin de Lhuys. Le maréchal Randon n'avait pas affirmé" bien nettement que les troupes fussent prèles; les meilleurs bataillons, les meilleurs chefs étaient encore au ~lexique: ]'Empereur n'osa pas envoyer sur le Rhin « le petit appoint de troupes franç·aises qui, de l'a\'CUrnème de Bismarck, cùt mis les Prussiens dans la nécessité de couvl'ir Berlin •· Cc fu1·cnl des jours tcnibles, les plus mauvais du règne peut-être, que ceux qui s'écoulèrent du 5 au 26 juilli,t, depuis la nouvelle de Sadowa jusqu'à la conclusion de la paix austro-prussienne. Au jour Je jour, i\l. Orouin de Lhuys et ses plus prudents conseillers lui signalaient les dangers croissants, l'établissement définitif de la domination prussienne dans l'Allemagne du Nord et l'illusion de croire que la Prusse, fol'te au Nord, ne franchirait point la barrière du i\lein, respecterait toujours l'Allemagne du Sud; cependant que d'autres redoutaient une nouve1le affaire mexicaine, aussi ruineuse que la première, et dont le pays demanderait compte. Au-dessus de ces perplexités; enfin, planaient toujours les vieilles idées, les pl'incipes chers au souverain, son goùt pour la nation aJiemande, son souci de l'Italie. Pouvaitil donc s'opposer aux victoires des jeunes nations dont il avait été le protecteur? Le pl'ince Napoléon était là pour le lui rappeler avec véhémence. L'ambassadeur prussien li!. de Goltz fut finalement surpris de la facilité avec laquelle !'Empereur acquiesça à l'annexion de l'Allemagne du Nord qu'accomplissait M. de Bismarck. Mais le soir du même jour, le clairvoyant Drouin de Lhuys disait découragé, à son chef de cabinet: • Maintenant, il ne nous reste plus qu'à pleurer! • Napoléon avait cru que la France lui saurait gré de la paix; eJle ne

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