264 HISTOIRE SOCIALISTE pensée de réaction contre la propagande révolutionnaire. l\lais ils n'en avaient pas moins garanti pour des années Ja paix européenne; ils avaient obligé les gouvernements à respecter longtemps les engagements mutuels, el ils les empêchaient encore d'utiliser pour leurs intérêts particuliers, ou même pour le développement de lçur domination sur leurs propres peuples, les poussées nationales et démocratiques qui se manifes1-aient partout. L'œuvre des nationalités a été pendant tout le x1x' siècle une œuvre de violence cl de guerre. Les peuples réveillés ont été excités les uns 2ontrc les autres; et les théories des professeurs, appuyées sur la force militaire, ont été substituées au droit des peuples de disposer d'eux-mêmes, de se gl'Oupc,· scion leurs affinités. Il appartP.nait à la France, au pays dont l'unité nationale était accomplie, d'arrêter l'Europe sur la route de la violence. Et il clÎl été de l'intérèl même du Second Empire de suivre celle politique. Au contraire, il avait cherché à se fortifier,, l'intérieur, en assnranl de la gloire aux Français. Pour /latter les libéraux, il avait aidé Cavour, et il poussait Bismarck à la lutte contre l'Autriche. Il aidait à la création d'l~tats forts sur les frontières de F,·ance, puis, pour opposer force "force, il cherchait des dédommagements, des compensations. A la politique de réflexion cl de prndencc qui était celle de Thiers, qui était la politique traditionnelle des hommes d'lttal conservateurs, honnie des libéraux et mème des républicains, il préférait la politique d'aventure et de gloire, qui devait Raller et déchainer les instincts nationalistes. Le 6 mai, da~s un concours régional à .\.uxerre, l'Empcreur, à son tour, faisait appel au peuple contre Thiers. Remerciant le maire d'Auxerre des p!lroles de bienvenue qu'il lui avait adressées, « j'ai d'ailleurs, disait-il, envers le département de l'Yonne une dette de reconnaissance il acquitter. U a été un des premiers à me donner ses suffrages en 1848: c'est qu'il savait, comme la grande majorité du peuple français que ses intérêts étaient les miens et que je détestais comme lui ces traités de 1815, dont on ,,eut fflire aujourd'hui l'unique hase de notre politique extérieure. Je vous remercie de vos scnlimcnts. Au milieu de vous je respire à l'aise, car c'est parmi les populations laborieuses des campagnes que je retrouve le vrai génie de la France». Qu'elle est élrange, cette confusion des idées el des senliments, au moment même où, dans le drame auslro-prussien, allaient se jouer out,·e-Hhin les destinées de la France! Thiers, incontestablement, en dénonçant le gouvernement prussien comme fauteur de guerre, en dér,hirant le voile des déclarations libérales et patriotiques dont Bisma,·ck désormais usait el abusait, en révélant les convoitises brutales des llohenzollern, servait les intérèts de la France. Lorsqu'il demandait au gouvernement de parler à la Prusse. un langage énergique, ou de lui refuser nettement tout concours, ou enfin de r.etenir l'Italie sur la voie de l'alliance, il indiquait la seule politique con-
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