Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

HISTOIRE SOCIALISTE 257 enco1·e, en avril, de critiquer celle convention, de la dénoncer comme imprudente et dangereuse? Or, depuis l'ouverture dè la question des duchés, ..:'était dans celle question même, dans les complieatiuns <liplo111atiques qui en pouvaient naitre, que Napoléon Ill che1·chait l'occasion de rêaliser son plan italien. Dès le mois de décembre 1863, lorsque son agent Fleury venait offi·ir au roi <le Prusse ·• plus même qu'il ne lui plaisait•, la Vênétie de\·ait être pour l'lta_lie le "p"rix de la complicité française dans les desseins prussiens. Plus tard,' en avril 18611,lors<1ue l'Angleter!'C p1·essait la France dïntcrvenir en faveur <lu Danemark, l'l~mpereur répondait ~ qu'il ne po~vait soutenir la cause <les nationalités en Vénétie, et la combatt1·e dans les duchés•· Et Houhcr disait encore que s'il intervt!nait « il aurait souci de la Vênétie plus que du Danemark•· Les bonapartistes libérau;, les hommes <lu Siècle et de .l'Opi11idn N(ltionale poussaient dès alors a\lX inten•entions en fa,·cur de l'Italie. Home demcu1·ait en 1865, comme en 1860, le pi\'Ot de notre politique. ~lais comment encore une fois la qu?stion vénitienne allait-elle pou,·oir être ratlachêc â la question des duchés?- Précisément.par la querelle qu'on attendait, cp1i surgissait déjà entre les deux puissances allemande~. L'Autriche, menacée, obligée de cherche1·clcsappuis, rétrocèderait la Vénétie comme p1·ixd'une alliauce ou d'uuc neutralité; ou bien l'Italie, alliée it lt Prusse, la lui arracherait. Lors de la première tension, de juin i1 aoùl 1805.., des négociations curent lieu entre Rome et Berlin sous les auspices <les Tuile1·ies; une alliance italo•pn1ssienne fut ébauchée; mais Guillau~e 1,.. préféra retarder la guerre et l'Autriche intimidée consentit à traiter. C'a1•ait été alors la coll\'ention de Caslein (aoùt 1865). Et il est bien permis de , penser que la_protestation solennelle, que i\l. Dronin de Lhuys lança contre ('élte con,·ention, fut moins dictée par le souci même du principe des nationalités CJUC par le dépit d'avoir échoué dans sa solution italienne et de rnir la Prusse l'alliée à l'Autriche. Chacun pourtant le sentait: la Cl'ise n'était pas fot·mée. La con,·cntiou de Gastcin n',itait qu'un repl.itrage. Les ttats secondair-cs d'Allemagne réunis à. Francfort protestaient contre l'annexion des duchës ; et seule la fidélité de l'Autriche à l'alliance prussienne 1·etai·dait la lutte. Mais cette lutte était nécessaire pour la réalisation du plan bismarckien; elle était indispensahle pour que füt affirmée enfin la prépondérance prussienne. D'ores et déjà,elle était résolue à Berlin. Ce furent une fois encore les préoccupations italiennes de Napoléon Ui. qui en précipitè1·ent l'explosion. La grande colère du gouvernement frarn,,ais s'était vite apaisée. Quelques jours il peine après la solennelle protestation de Drouin de Lhuys, !'Empereur avait recommencé de faire des avances à la Prusse. Elle demeurait encore pour lui la puis~anee révolutionnaire du continent, celle a,·ec laquelle· il pensait pouvoir remanier les traitês de 1815,

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