IIISTOIHE SOCIALlSTI~ 395 Peut-être ce manifeste était-il une émanation plus dirrctc de la pensée populaire, puisqu'il était écrit par des militants 011,Ticrs. ~lais on sera frappé de \'OÎr qu'il ne contient rien de spécifiquement ou,.,.irr, rirn de socialiste. Au moment où ils défendaient la népuhliquc rn 1s;;1, les ouHie,·s semblaient aYoir perdu la notion de son impo1'la11cc- pour lrur ('m~rncipatio11. Conséquence dcn"liè1·c de Juin: la Hépuüliquc, en ,)l, n'appa1·aissait plus déso,·ruais comme le moyen, comme l'outil de l'émancipatio11 ou, riè·rr: quelques ,·agues 1·éforrnes s,,ciales semblaient dcYoir contenter les militants. Les ouvriers qui agi1·enl au 2 Décembre n'agirent que romrn" républicains; dans la défense mèmc de la République, ils ne découn-aienl plus leu,· intén't de classe. Quoi qu'il en soit, l'après•midi du 3, I? rési~tancc se dessinait : ~I. de lllaupas, de plus en plus inquiet, constatait qur • les sympathies populaires n'étaie11l pas a,·ec l'l::Iyséc », qu'on « ne rencontrait d'enthousiasme nulle parl » cl il accueillait les omils les plus fous. 111.\1. de ~lorny cl St-Arnaud prenaienl lcu1·s mesures : i1 trois heures. les Pari!-ticns apprenaient par les affiches nouvelles que les rassemblcmenls seraient dispersés par la fo,·cc, el que « tout indh·id11 pris construisant 011 dl·frndant une barricade, ou les armes à la main, serait fusillé». C'était la première fois que dans les guerres de rue, on YOyait 1111minist1·c décréter ù l'a\'ancr que tout individu, pris c~nstruisanl une hanicadc, serait fusillé. Sans prendre seulement la peine de dl·chirrr les affiches qui les condamnaient i1 mort, les républicains s·a,·mërcnt. A quatre heu l'es, les premiers coups de fusil furent tirés. Le soir, entre la n,e du Temple el la rue Hambutrau, les troupes cnlcvèrenl les banieadcs,dans toutes les pcti les rues: elles étaient immédialement réoccupées. Ycrs 9 hc111·cs, il fallut un combat pour rcprcnd1·c celles de la me Bcaubou,·g: 60 ou 80 républirains fu,·cnl pris, plusieu,·s fusillés sur le éhamp. Au quartic1· latin, les étudiants s'agitaient. Sur les boulevards, de la Chaussée d'Autin au faubourg du Temple, 111algl'é l_es patrouilles cl les cha1·gcs de ea\"alerie, les rassemble111c11ls se formaient cl se reformaient. Les rares personnes qui, dans les groupes, osaient exprimer lies opinions favorables au président, étaient mcnacCes, maltraitées na~me. Et c'était avec joie qu1étaicntaccueillies les nou\'cllcs, souvent fausses, qui étaicn tf,lchcu ses pour l'Élysée. Quand le colelncl de Rochefort, à la tète de deux escadrons, parcourut les boulevards pour y maintenir la circulation, ce fut par les cris de « \'ive la République!» qu'il fut accueilli. Au Chàteau-d'Eau, on cria:« Vi\"e l'Assemblée nationale! A bas les traitres! » Li,, le colonel chargea el des cadanes restèrent sur le pavé. A l'approche de la nuit la révolte grnndait partout, com1ne un orage encore lointain, mais qui montait, des divers points de l'horizon. « De sept heures ~. minuit, racontait plus tard l'ancien constituant X. Durrieu, tout mon espoir m'était revenu ». Dans les deux camps, des conseils de guerre furent tenus. Celui de ttffldulone Alfred LeWffi• ~ Gino BWIOO
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