Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIRE SOCIALISTE restait inactive, sinon indifférente. Une fri'lc barricade fut élevée: pour la défendre, on avait vingt-deux fusils ar,·achés ,\ des soldats. Bicnlùl la troupe arriva, lrois <.'ompagnics d'infanlC'ric: résislrr élail une folie; quclqucs•uns se retirèrent. Huit représentants étaient demeurés: Baudin! Brillier, Bruckner, de Floue, Dulac, :llaignc, :llalardicr cl Schœlcher. Sept d'entre eux s'a,·~ncèrcnt. au-devant des troupes ; :\1. Schœlchcr réclama des oOiciers leur concours pour faire respecter la loi du pays. Ceuxci ordonnèrent i, la troupe d"a,·anccr. Les soldats bousculèrent les représentants. Cn coup de feu partit de la barricade: le premier rang des soldats répondit par une décharge générale. Baudin qui était demeuré debout sur la barricade tomba, mortcllc111cnt frappé; avec lui un om·rier. l.a bourgeoisie a célébré l'héroïsme du premier; clic a oublié l'autre, sans doute, lorqu'clle vint plus tard accuser la classe ouvrière <l'avoir trahi la République au 2 décembre. :\lais clic a oubli,• aussi que Baudin était pénétré de la pensée socialiste; clic a oublié qu'il avait été l'ami, le disciple du vieux Teste; elle n'a pas voulu marriue,· qu'il l·Lait le digne représentant de cette génération de 18;;2, pour qui les rHormes sociales étaient inséparables de la liberté politique. Baudin mort, les autres représentants se rctirèrcnl, salués, acclamés; mais c'était tout. On ne répondait pas i, leur appel aux a~mes. L"après-midi, pourtant, la nouvelle de la mort de Baudin commença d'agiter la population parisienne.Dans les quartiers Ùborieux.dans le quartier classique de la barricade cl de l"émeute, rue Grcnéla, rue Transnonain, rue Bourg-l'Abbé, rue Beaubourg, des barricades étaient improvisées. ABelleville, :\ladier-;'llontjau cl Jules Bastide, par leurs appels el leurs affiches, déterminaient un cornmc11cemcnl de l'ésistance. D'a.utrrs affiches oll se reconnais• sait le ~Lyle de Victor llugo, rappelaient à l'armée ses t,·adilions, au peuple son devoir ré,·olutionnaire. Un groupe surtout semblait actit, groupe mi-bourgeois, mi-ouvrier encore, oi, se rencontrnienl Jules Leroux, député, Desmoulins, typographe, Gustave Naquel, réfugié politi<1ue à Londres qui venait d'arriver au risque d'être reconnu à la frontière, Boc<1uet, Nétri, et quelques délégués des cor• porations ouvrières. Par une affl<-hc signée du Comité cenlral de., corporaûons, ils rappelaient la mutilation du suffrage universel en 18J0 rt l'espoir qu'ils avaient conçu pour 1852. Ils dénonçaient l'homme qui, sous prétexte de rendre au peuple ses droits, tentait d'établir une dictature militaire, et qui, pour maintenir la Hépubliquc, jetait en prison les républicains. • Il appelle le peuple à une élection, cl il le place sous l'état de siège: il rêve on ne sait quel escamotage pedidc qui mettrait l'électeur sous la sun•eillance d'une police st.ipendiéc par lui. .. Il est prêt, dit-il, à se démettre du pouvoir, et il contracte un emprunt de vingt-cinq millions, engageant l'avenir sous le rapport des impôts, qui atteignent indirectement la suboistanee du pauvre ••

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