396 JIISTOIRE SOCIALISTE l'ltlysée fut déci sir. La troupe <'tait fidèle; :'Il. de Moru y fü prévaloir son plan : toute résistance s<'rltil écrasée. Les républicains, chez Landrin, puis chez ).l:u·ic, ne purcnl que décider de prendre une part active rt la _résistance, qui, enfin, commcru;ait. ~lais c'est là, dans cette réunion républicaine du 3 au soir que fut propo• séc pour la première fois une application dans un but politique de la grève générale. Ce ne fut pas un ouvrier qui la proposa. Mais l'homme qui l'imagina était certainement une des intelligences les plus inventives cl les plus Yivcs du x,x• siècle. Cc fut l~mile de Girardin, le célèbre journaliste, qui fit la proposition. Et, 1, la réflexion, elle ne semble pas aussi insensée que le crurent les républicains, présents i1 la réunion, Garnier-Pagès, :'llarie, J. Bastide et Victor llugo. Empruntons à Yictor llugo le récit d_ccette anecdote: il en vaut la peine. Comme Émile de Girardin refusait d'imprimer toute proclamation qui fùl un appel aux armes, un cri de guerre, et comme Lousse récriaient,« il nous déclara alors, dit l lugo, qu'il faisait de son côté des proclamations, mais dans un sens différent du ni\t1·c. Que, scion lui, ce n'était point par les armes qu'il fallait comballrc Louis-Bonaparte, mais par le vide. Par les armes, il sera vainqueur; par le vide, il sera vaincu. li nous conjura de l'aider à isoler • le déchu du 2 Décembre ». Faisons le vide autour de lui, s'écria-t-il. Proclamons la grèt1e universelle! Que le marchand cesse de vendl'e, que le <:on•- sommatcur cesse d'acheter, que l'ouvrier cesse de travailler, que le boucher cesse _de tuer, que le boul":ngcr cesse de cuire, que tout chôme, jusqu'à l'imprimerie nationale, que Louis-Bonaparte ne trouve pas un compositeur pour composer le Moniteur, pas un pressier pour le tirer, pas un colleur pour !'arr.cher! L'isolement, la solitude, le vide autour de cet homme !... Rien qu'en croisant les b,·as autour de lui, on le fera tomber. Au contraire, tirez-lui des coups de fusil, vous le consolidez. L'armée est ivre, le peuple· est ahuri et ne se m~lc dé rien, la bourgeoisie a peur du président, du peuple, de vous, de tous! Pas de victoire possible. Vous allez de,·ant vous, en braves gens, vous risquez vos tètes. C'est héroïque, soit. Ce n'est pas politique. Quanti, moi, je n'imprimerai pas d'appel aux armes et je me refuse au combat. Organisons la grève universelle! » Ténot a raconté Je Înême fait, dans son Paris en Décembre 1851. li dit, lui, expressément: grève générale. Négligeons les réponses trop faciles et trop simplistes: Jules Favre les fit. « Le travail universel ne s'arrête pas. On trouvera toujours un boucher qui tuera, etc ... » Depuis, on a fort discuté encore de la grève générale, et plus à loi5ir : les objections sont même devenues plus abondantes. Passons aussi sur le caractère de l'homme: comme Je prince Napoléon, lo fils du prince Jérôme, qui vint ce soir là,. Girardin, s'il faut en croire les Souvenirs de Bcslay (p. 241), fut accneilli froidement, eL avec méfiance. - Historiquement, deux pointa sont à marquer. ,. 'r;. i '
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==