Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

22(i fllSTOIRE SOCIALISTE de _183 1, s'i-taient senis de la terminologie de la grande révolution pour e'Cprimcrles ml•mes revendications. :\lais, tout compte fait, ceux-là a\'aient 1encontré alors une bourgeoisie plus iutelligente. La boorgcoisic. de 1861,, clic, s'inquiéta fort du mnnifcsle. Les ouvriers, "" parlant très lôl. comme ils étaient en mai partis très tard, ,-oulaient tout à la fois prendre rang et frapper l'opinion. Ils y réussirent. Gufroult leur avait donné une hospitalité généreuse dans son journal. Le i\lanifesle fut lu et discuté. I.e Ttmp,. le Si~cle, le f:onstitutfonnel, la Fra11c, en parlèrent. Les jour)lflux réactionnaires et catholiques crii~rcnt au socialisme et à la Bé,olution: le Constitutionnel jeta les hanls cris cl crut ,·oir le spectre rouge. 1.c-s journa11x11ihéraux et démorratcs répétèrent qu'il n'y a,·ait plus ni caste ni classe: le Journal des /)(lbats demanda qu'on n'érnquât point les tristes sou,·enir• de l'ancien régime, ni de 18',8: le Temps distingua enrore une fois crrt,·e des candidatures ouvrières et des candidats ouvriers. - Au premier moment, Guéroull semhla se souvenir de son passé saint ...simonien. Il défendit le manifeste, - oh certes! a,·ec prudence - !enta de montrer qu'il ne contenait aucune déclaration do classe, qu'il s'agissait simplement cradmeltre dans l'oppo~ition quelcp1es représentants ounic-rs, que l'on donnerait satisfaction à la classe ouvrière, qu'ainsi on ne l'ai{.:rirail point. Ce protagoniste de la démocratie bourgeoise ne manquait certes point cl'hahileté, ni cl'eBprit politique. (Opinion Jfntionale des 22 et 2', février J8ù'i. Il publia aussi le 24, unr réponse de Tolain. A l'accnsation de poser la candidature on,·riêrc t•omme nn principe, et de ,·ouloir ainsi reconstituer les dasses au mépris du principe de l'égalité; il répondait que cette cancliclature n'était que la manifestation du principe de I'égaliti'. A l'accusation • d'opposer la question sociale à la question politique •, il rappelait la phrase do manifeste disant le but des ouvriers : fortifier l'opposition lil,érale. • Malgré leurs ,déclarations, l'opposit,on libérale s'ohstina à ne point les croire, et avec elle de noml,1·eux ouvriers. Dès celle première affirmation des intérêts particuliers de leur clas~e, l'opposition se manifeste entre ceux qui ,·ou laient se consac1·cr uniqoement, pour l'instant, à la bataille politicrue, et ceux qui Î,ensnient, que, pour la bataille politique m,'me, il fallait une classe ou.-rière fol'tc, une classe dont le « capital humain •, comme disait Co1·bon, devait èt1·c sa.u\'Cgardé. Au manifeste des 60, r"pondit dans leSikl,, le manifeste des 80(28 révrier. Ln classe ou\'rièrc à son tour, plus ou moins sollicitée sans cloute, s'engageait dans la polémique. Les 80 proclamaient que le manifeste des ()0 n'exprimait que l'opinion d'un petit nombre, que les ouvriers, cornme en mai, repousseraient les candidats ouniers. Les castes, disaient-ils, doivent •'effacer devant les principes. l,~s candidatures oovrièrcs soulèveraient « mal à propos• une questio11 sociale, alors qo'il !le s'agit que d'une question politique. Tant qu'on n'a point la liberté, il ne faut songer qu'à ·la conquérir. Et ils terminaient en déolarant, qu'ouvriers de l'opposition, ils se si,ntaient

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==