lllSTOIRE SOCIALISTI:: :Hï accusations injusles des timides et des conser\'ateurs à outrance, mais encore les craintes ou les répugnances de nos amis. Le suffrage universel nous a rendus majeurs politiquement; mais i) nous l'CSlc encore à nous émanciper socialement. La liberté que le Tiers-Etat sut conqu(~rir a,·ec tant de vigueur cl de persévérnnre doit s'étendre en France, pays démocratique, ü tous les citoyens. Droit politique t~gol implique nt;ces- .wtirement un Pgal droit social. On a l'épété à satiété: il n'y a plus <le classes ; depuis 80, tous les Franç-ais sont égaux devant la loi. Mais nous qui n'avons d'autre propriété que nos bras, nous qui subissons tous les jours les conditions légitimes ou arbitraires du capital, nous qui vivons sous des lois exceptionnelles, telles que la loi sur les coalitions cl l'article 1"781, c1ui portent atteinte i1 nos intPrèts en mème temp~ qu'i1 notre dignitC, il nous est bien difficile de croire :1 cette affll'rnation. Nous qui, dans un pays oi1 nous avons le droit de nommer des députés, n'avons pas toujours le moyen d'apprendre a lire; nous qui, faute de pouvoir nous réunir, nous associer librement, sommes impuissants pour organiser rinstruction professionnelle, et qui ,·oyons ce précieux inslrumenl du progrès industriel de,.enir le pl'h·ilège <lu capital, nous ne pom·ons nous faire celle illusion. Nous dont les enfants passent souvent leurs plus jeunes ans dans le milieu démoralisant el malsain des fabriques ou dans l'apprentissage qui n'est guère encore aujourd'hui qu'un état voisin de la domcsticitC; nous dont les femmes désertent facilc,ncnt le foyer pour un travail excessif, contraire ù leur ,nature et détruisant la famille; nous qui n'arnns pas le droit de nous entendre ponl' défendre pacifiquement notre salaire, pour nous assurer contre le chômage, nous affermons que l'Cgalit,; f!crite dans la loi n'est pas dans les mœnrs et qu'elle est encore à ri!aliser datas les /'ails. Ceux qui, dépourvus <l'instruction el <le capital, ne peuvenl résister par la liberté el la solidarité à des exigences égoïstes et oppressives, ceux-là subissent fatalement la domination du capital: leul's intérêts l'estenl subol'<lonnés à <l"autres intérêts. Nous le savons, les intérêts ne se règlementent point; ils échappent à la loi; ils ne peuvent se concilier que par des conventions pal'liculières, mobiles el changeantes comme ces intérêts eux-mêmes. Sans la liberté donnée à tous, cette conciliation est impossible. Nous marcherons it la conquête de nos droits pacifiquement, loyalement, mais avec énergie et persistance. Notre alTranchisscmenl montrerait bienlùt les progrès réalisés dans l'esprit <les classes laborieuses, <le l'immense multitude qui végète dans ce qu'on appelle le prolétariat, et que, pour nous servir d'une expression plus juste, nous appellerons le ,alariat. A ceux qui croient voir s'organiser la résistance, la grève, aussitùt que nous revendiquons la liberté, nous disons : « Yous ne connaissez pas les ouvriers; ils poursuivent un but bien autrement grand, bien autrement
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