HISTOIRE SOCfALISTE 21.3 d'assimilation s'était fait dans 1~ partie la plus acti,·e el la plus intelligente de la population ouvrière. Pour ne plus s'épancher bruyamment an dehors, If',,;idêes n"ètoienl pns morte.,;; il•s t•sprits trituroient les théories. ,::laguanl les c;,cagérations. les utopies impraticables, ils <lég-ageaicnt les réformes pratiques, en les cootrùlanl rigoureusement par les faits. Comprenant qu·on ne change point en un jour les conditions économiques d·une sodé!(·, que le priuci1,c de l'associalion s'était heurté dc,·ant lï~noratu·c f'l lïrnpaticncc des masses. on changea de l'outc et, peu à peu, on entendit proposer par les classes oun·ières quelques réformes nettes cl prt.;ciscs: abrogation dr l'article I ï8J. de la loi sur les coalitions, création de Chambres syndicales, d·~g-cnccs professionnelles, de sociétés de crédit mutuel, et, par-dessus tout, lïnstruclion primaire gratuite et profcssion11elle. Tra,ail sour<l. ignoré de tout cc qui n'était pas mêlé à la vie intime de l'oun·ier, mais qui n'en a pas moins jeté de profondes racines. ti1 .\insi, scion Tolain, tout le réformisme pratique du proll·tarial parisien d'alors se rallachc à la tradition .sol'ialistc de l8f18; cc sont, élaguées de leurs utopies cl contrùlécs par les fails, les rC'vcndications d'alors qu'il préteud reprendre~ t·l c'est comme « une tran~formation du socialisme » que .&"annonce le no11\'ea11 mouvement. l·:t sans doute c-e.socialismc est encore ù' une insuffisance ooloi1·c; sans doute la préoccupai ion constante d'arriver à la conciliation du patronal el du salariat. qui repa1·3it dans tous les l'crits rt nH'.me dans cc dernier. est théoriquement le contrnire du socialisme. :\lais il e~l frappant de voir que les prolétaires parisiens. au moment ol1 ils s'arfirm cnt comme une classe inde'pcndar;lc. ayant ses intérèts propres et prétcodant les défendre elle-même. se ralta ..hcnt déclarémcnl ,, la tradition sociali!:-lf', re,·e11diquent le norn <le .,·ociali~tes. Et c'est mcn·cille aussi de suivre, comment. mois par m,>is, pr(•squc semaine par sc>maine. par le dé\'cloppcmcnl logique d'une pensée toujours rn é\'eil. ces tra\'ailleurs, poussés par la const·icnce de leurs inlérL~ts , rais, s"élê.-\'ent peu â peu des l'C\'Cndications élémentaires d"un syndicalisme purement corporatif. jusqu'it l'idée déjà vaguement cntl'C\'UC d'une é111a11cipntion totale. En celle fin de 1863. sans doute. il reste encore hien des étapes à franchir. l\lais a,·ec une obstination inlassable les militants parisiens poussent lctlr besogne de propagande et d'organisation. L"échcc de leurs candidatures, les :l32 voix de Blanc ou les 11 voi~ de Coutant, ne les ont pas découragés. Des élections complémentaires ,·ont avoir lieu i, Paris, en mars l8Gl1. 11s décident d'affirmer une fois eucorc leur idée. I.e I i février 1864, !'Opinion 1\·a1io11ale publia le manifeste des Soixante, par lequel le petit groupe affirma vraiment pour la première fois sa doctrine. C'est fo un document capital dans notre histoire socialiste, document oublié maintenant du prolétariat, et qui n'est gul·rc cité que par fragments dans les histoires scientifiques. On nous permettra de le donner ici complètement, d'en fournir ainsi une nouvelle édition à nos camarades.
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