Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IJISTOIRI~ SOCIALISTE 391 offrir qurlquc danger, - ]c président en était gù1· - rllrs a,·airnl H{· i1 l'avance traquées cl di::isoulcs. Enfin, mt.~mcen admetlanl que \'il cl li1 quclquf' nt~i~laner i11('ffir:u·r se manifeslàt, quel ét·h.oc1il-cllc t,·ou,·(· dans !(• pays :1 D<'puis 18110, Ir~ journaux présidentiels n?avairnt-ils point foriru·• l'opinion p11hliq11e? \'a,·ait-on point su entretenir sa peur de l'incon11u sorialislc '. 1 El dans rrs lf•n1po:; dlncC'rtitudc et de gikhis politique cette opinion ne Yoy:1it-cllP point, il tous les roins dr l'horizon, surgir le spectre rouge? Le 1Ynpoléon, le 10 Déc mbre, le Constitutionnel, Le Pa!JS, le Pouvoir, La Pntrie, tous le-'-journaux <lé\'oués aux ambitions présidentielles aYaicnt bien rempli leur tàche. Les factions ré,·olutionnaires étaient disc1·éditécs; les 1·épublicains ~ages, modér(•s, tout comme ceux de 1800, ne tal'(lcraicnt point à se rallier au pouYoi1· fort du nouveau Napoléon! Les ouvriers, <'llX aussi, allaienl ètre gagnl·s sans doute ~u1· le c·harnp: il suffirait de quelques-uMs de ces 1·éfnrmcs socialJs que la 11,;puhliquc leu,· avait promises, qu'elle n';.waiL point su lrur donner. Quant aux paysans, ils étaient l'appui solide de Bonaparte. C'<;laient eux surtout qu'il rcpr<'·sentait depuis le 10 d('ccmbre 18'18: c\'·taicnl eux qui, g-11idl:Spar l'id(•c fixe qu'ils seraient sauvès par un Napoléon, lui avaient donné son ,~norme rnajorité et c'était leur rêve vraiment quïl allait n~~tliscr, en <'tab_lissant 1111 gou,·erncmcnt fort, en di-montrant l'impuissance <lu faclieux, en rncttanl un Lerme à toutes ces luttes parlementai,·es. qui ne faisaient que troubler le pays. Oui, - le p1·ince-prési<le11t en était conyaincu, - en chassant l'assemblée, en rétablissant le suffrage uni,·crscl, en demandant un pouvoil' fort, il allait rallier tout le monde! Toute la France allait acclame,· son hal'(li coup d'Etat! Au dcmcu ran L, si quclq ucs-u ns C' nrorc voulaient 1·ésister, :\lau pas était là, ~[orny Ctait li1, Loule l'adminislration, toute l'armée. Lo1·squc Blanqui naguère tqntait un coup cle main, il n'avait ni l1 armér, ni la police, ni Jcs postes; et dans son premier effort pour ernporter le pouroi1· central, Blanqui toujours était vaincu. Lui, Napoléon, possédait le pou,·oir central : la victoire définiti,·e était certaine. Décembre, cependant, ne fut point l'apothéose que n··,o\Îl le neveu de l'empereur. L'armée dut intrn·cnir. l~t :\1. de )Jorny, qui voulail unr saignée, put développer son plan cle guc1Te de ,·ille. Le matin du deux, le peuple de Paris avait donc lu les affichrs. Beaucoup sans doute les prirent à la lettre : le suffrage unh·erscl était rétabli, la ma~ jorité royaliste était chassée, la Hépuhlique était maintenue I La foule, i, demi-indifférente à la vie politique, pou,·ait.ètre~satisfaite: la ll·galité ,iolée lui importait peu. Que n'avail•on pas vu d'ailleurs depuis trois ans? - c C'était bien joué!» tel était le jugement presque général sut· les moyens cm• ployés. Quant au fond, qu'était-cc donc, sinon un uourcl épisode de la lutte

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