Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTOIRE SOCIALISTE !Ofl 1nins de fer aux déparlcments et au-delà des mers ;, l'étranger, sur le modèle de ceux de la Suisse ..... Dans l'industrie si variée cl souvent si délicate des tissus, la mécanique qui y a déjà bien établi sa souveraineté, éten<l sans cesse son empire; elle n'y laissera pas un coin qui ne soit directement sous sa loi. Ainsi èn cc moment, nous ln voyons s'attaquer avec succès au tissagt• du velours fin )1. Dans la meunerie, dans la boulangerie, dans la maréchalerie, pour la fabrication ùcs fers: dans la lingerie de confections, avec la machine à découper et la 1nachinc à coudre, mêmes ronstatations. fi n'csl point jusqu'aux articles de Paris, dont la fabrication ne soit aussi alleinte par cette révolution générale: <lans les fabriques de porte-plumes, d'encriers, de lorgnettes de• spcclacle. le machinisme fait invas!on. el dans la chapellerie même, par les inventions ùc Laville. • Cest, conclul )lichel Che\'alier, un des caractères dominants ùe lïndustrie moderne, le plus saillant peut-,'tre, c1uela mécanique la pénètre de, toutes parts. Toutes les branches d'industrie éprouvent les unes après l~s autres celle sorte d'invasion, qui est pour le bien général, malgré l'cff1·oi qu'elle a inspiré a un écl'Ï\·ain généreux et d'ailleurs fort édairé, Sismondi: cl malgré la défa\'cur a"ec laquelle elle est en,·isa~ée parmi les populations ouvrières». (P. CXI). De fail, i\lichel Chevalier avait raison de le noter: le prix de nombreux produits industriels a,·ait notablemenl baissé. Et la production générale, grôlce au machinisnw, s'était aceruc dans des proportions énormes. L'enquètc de 186:i, déjà é,·aluail à 12 milliards ùe francs la valeur totale de la production industrielle de la France; et malgré les baisses considérables de prix, c'était le double de la rnleur d,· la production constatée 20 ans plus tôt. :\lais un point surtout impo1·Le: C'est la révolution industrielle produite par ces transformations étendues de la technique. La conséquence immédiate et connue de ]a floraison de machinisme, c'esl la concentration des cnlrcprises, c'esl la substitution de la fabrique, de l'usine, au petit atelier. Si dans certaines régions, dans la '.'iormandic et dans le Centre, par exemple, fabricants et ouvriers s'accordent alors pour résister ;, la transformation industrielle, les uns pour éviter la dépense de machines coùteuses, les autres par amour de leur indépendance, par crainle de la discipline rigoureuse des ateliers: si, dans les campagnes, le travail it domicile s'obstine à lutter, de plus en plus misérable, contre la grande industrie, clans d'autres régions, dans le ;-..:ord, en Alsace, la Révolution s'accomplit. El il faut qu'elle s'accomplisse: c'est la loi inéluctable. li n'est point de socialiste qui ne connaisse les conséquences sociales du machinisme. i\larx les a décrites avec une .vigueur incomparable. Les économistes du Second Empire les virent eux aussi se produire sous leurs yeux. Ils virent une fois de plus la concurrence impossible à soutenir pour le petit atelier, la prolétarisation croissante des artisans, l'afflux des femmes et des

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