Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

IIISTùlRE SOCIALISTE Ycr·s le m(•mc lc1nps aussi, en 18Gl, Germain Casse, un créole révolu lion• nttirc, a,·ait fondé le Trm,ail. Des étudionts en médecine et en droit s'y occupaient d"histoire ou de critique littéraire: un certain Jules :\lélinc y célébrait Quinet; un certain Georges Clérncnccau disait son admiration polir Michelet, historien révolutionnaire i cependant qu'un autre jeune encore, appelé ,::mile Zola. en des YCrs rudes et incolores, mais pleins d'allure, faisait appel ;, J'énergic de ses contemporains : Oh! courage, mon siècle, tn·ance, uYance encore! A cOLé d'eux, Rogeard s'essayait aux mots de Ci:.'wr, a,·ant d"écl'irc les Propos de l11bié1111s, <:t Pic,..-c Denis chantait ra,·cnir. Cel ni du Tr11vni/ fut vite brisé. li pa,·aissait quand il pouvait: l'Empire trourn que c'était trop souvent. L"al'rcstation de ses 1·éclacteurs amena sa fin, au bout de trois mois. C'l•Laitau mème temps encore que, sous la direction de Laurenl Pichat, paraissait la 1/éji,rme filli'mirc. Mais toule cette jeunesse lettrée, mèmc soutenue et encouragée par la petite bourgeoisie ou la classe ou,Tière parisienne, n'était point ]a Fl'ance. La province se ré,·cillcrait-cllc, aiderait-elle dans les luttes prochaines? lit était une gra,·e question. Des carnpagnal'ds, ignorants et isolés, n':1pprenanl les évènements que pat· les images d"l~pinaI: ,·épandues it profusion dans les villages, on ne pouvait rieo attendre. Les quelques-uns qui aYaient commencé naguèl'c l'éducation politique de leurs ,·oisins, anlieut été proscrits, emprisonnés, en 51, en ,j2, en 58. Quant aux senti111enls de )a masse, la description qu 0 c faisait C:de \\ïtt de l'opinion publique normande, lors de la guerre d'Jtalie, en donne une idée exacte: « Ceux qui ont des chevaux à vendre, disait-il, sonl pou1· la guerre; ceux qui ont des fils à l'c.lrméc sont pour la paix, ceux qui n'ont ni l'un ni l'autre sont indifférents; et les quelques paysans qui s'occupent de politique sont socialistes ». A peu de chose près, c'était, peut-on dire, la note générale. Mais, dans les ,·illcs, en dépit de toutes les proscriptions, en dépit surtout des petites persécutions quotidiennes dont le résultat le pins clair était de réduire it la famine l'adversaire politique, les petits groupes qui perpétuaient depuis plus d"un demi-siècle la Yic républicaine n'avaient pu être extirpés. Toujours, autour <l'un médecin 1 d?un notaire, ou d'un jou1·nalistc, ils se reconstituaient: à Quiévrain, autour du D' Quinet; ü Alcn{·on, autour du D' Chambay; à !\antes, autour du bon philosophe. du socialisrc humanitaire qu'était Je Dr Guépin. C'était i1 ~antes, d'ailleurs, qu'avait vécu depuis 1852, le plus décidé, le plus vigoureux des journaux rèpublicains d'alors, le J>hr1rcdl' la Loire, di,·igé par les frères Mangin, et auquel collaboraient des littératcms illustres, comme .1,Jichclct et Quinet, ou des jeunes comme Chassin et Brisson. A Bordeaux, la Gironde, avec Lavertujon et Gounouilhou, menait la même lutte, avec autant de succès. En 18~7, elle a,·ait fait triompher la candidature

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