136 U:STOIRE SOCIALISTE les destinées de la France cl la grandeur de son aulorilé étaient subordonnées aux chances d'a"enir des l(lats catholiques en général et de la race latine en particulier,. Celle fois, libéraux et catholiques allaient se trouver unis: la question italienne serait résolue. Tels furent les rêves insensés qui entrainèrent les Tuileries en cette fin de 1861. Les conseillers les plus sagaces n'esquissaient point d'opposition, pas mème ~l. de ~lorny. On soupçonnait et l'on a su depuis ln raison de l'a1·dèur mexicaine de cc clc1·nicr: les papiers saisis aux Tuileries ont révélé que le plus fort créancier ... français, Jccker, le banquier suisse failli, dont la créance nominale sur le :\lexique s'élevait, à la suite d'une émission de bons, à 7::i millions de piastreS, avait comme patron ou comme associé l'illustre p,·ésident du Corps législatif. Et « l'associé » avait stipulé qu'il aurait 30 0/0 clans les bénéfices de l'opération. A cc prix, Jecker fnl parfaitement soutenu. Les trnfiquants d'affaires et les mégalomanes politiques s'entendaient à merveille pour pousser la France aux aventures. :\'ous en avons connu depuis quelques autres exemples fameux; et le dernier n'est pas bien ,rieux. Pour le malheur de la clynas1ic napoléonienne, Pexpéclientne réussit pas; l'Empire allait trainer comme un boulet, pendant des années, celte lamentable aventure .. La convention de Londres a,·ait été rapidement réduite à néant; l'annonce de la créance Jecker, les menées du plénipotentiaire français~!. de Saligny, la dénonciation par le gouvernement impérial du premier traité passé par les commissaires avec .le gouvernement de Juarez, enfin la présence du mexicain monarchiste Almonte dans les troupes françaises, présence qui ré\-élait déjà les intentions de la France, a\'aicnt amené la rupture entre les alliés. Les t,·oupes anglaises et espagnoles s'étaient rembarquées (mars 1862 . « L'affaire est mal engagée, écrivait alors ~l. de Thouvencl, mais il n'est plus possible de s'arrêter à mi-chemin». Le fameux parti monarchique qu'on avait cru trou,·er au :\lexique n'existait pas; les Mexicains étaient unanimes contre l'intervention curopëennc; les Espagnols s'étaient retirés de la lutte. Les Latins se dérobaient à l'appel de la France, cependant que les catholiques ne trouvant pas là de compensations utiles à la politique anti-pontificalc menée en Ilalie, ne désarmaient pas. Les 6.000 hommes de troupes françaises demeuraient, au milieu de 1862, isolées au ~lexique, et Je « pauvre Empereur hochait tristement la tète». Mais ce n'était là encore, au moins à cette époque,- que les moindres de ses embarras. Toujours, à tout instant, depuis 1860, la question italienne re"cnait au premier plan des préoccu 0 pations des partis. Napoléon avait beau tenter de satisfaire les catholiques en Syrie et en Chine ; les libéraux en Roumanie et en Serbie; les Latins et les catholiques, tout ensemble, au ~lexique. Le problème romain revenait sans cesse, par quelque péripéti~, provoquer de nouvelles passions, susciter de nouveaux embarras.
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