130 lllSTOIRE SOCIALISTE CIIAPJTHE Ill UN CALCt;L DÉÇU Par les décrets de novembre 1860, !'Empereur avait voulu donner de nouveau au pays le spectacle des luttes des partis. li s'était flatté quelque temps cle les apaiser tous, de les satisfaire Lous par sa politique de prospérité matérielle el de gloire. i\lais ses conceptions libre-échangistes el la fatalité de sa politique extérieure avaient Lourné contre lui ses complices de décembre, les industriels protectionnistes et les catholiques. Pour combattre ses desseins, ceux-là s'étaient reformés en partis. Et il a\'aÏl été contraint, cherchant un contre-poids, de laisser plus de liberté aux démocrates et même à ces républicains qu'il avait écrasés el proscrits depuis 1852. Désormais I' "arène des partis » allait ètre rouvcl'lC; mais la volonté souveraine de !'Empereur demeorerail, pensait-il, maitresse et juge de leurs revendications contra- . dictoires. Officiellement, celle fois, mais avec une puissance absolue, il reprendrait ce rôle d'arbitre des partis qu'il avait tenu jadis, lors de sa présidence, et qui lui avait si bien réussi. - Tous les partis, s'accoutumant à voir en lui l'arbitre de leurs querelles, n'en reconnaîtraient que plus loyalement son pouvoir. - Quant aux ministres, que les influences secrètes et contradictoires de l'impératrice ou du prince Napoléon gênaient si souvent dans leur politique, ils se flattaient de trouver, dans celte résurrection au moins apparente des débats parlementaires un moyen d'enchainer !'Empereur, de le défendre contre ses rè,·cries et contre les « influences privées•· Trois ans plus tard, les élections de 1863 révélèrent combien le calcul était faux. Loin de s'opposer, de se neutraliser, c'était contre l'Empire lui-même que les oppositions solidement reconstituées tournaient le meilleur de leurs forces. Et pour se défendre contre les partis, !'Empereur multipliait les secrets et rusait plus que jamais. L'opinion publique, désormais réveillée, commençait à lui mener rudement la bataille; el la prospérité matérielle se révélait impuissante à remplacer la liberté. Jamais, cependant, peut-être, le pauvre rêveur ne forma plu_s de projets, el ne tenta pfus d'entreprises pour satisfaire les différents partis. • L'esprit de !'Empereur, disait un jour Palmerston, est aussi rempli de projets qu'une garenne de lapins». Ces lapins prirent joyeusement leurs ébats, de 1850 à 18:'3 l Dans le monde entier, !'Empereur cherchait des satisfactions pour les partis français cl la gloire napoléonienne. Pour les catholiques d'abord! Car ceux-là criaient bien fort, depuis qu'ils sentaient leur pape menacé; et leur opposition se faisait violente au Corps législatif. En 1~0, !'Empereur leur accorda une nouvelle expédition de Chine. La
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