HISTOIRE SOCIALISTE 129 les mesures de répression n'étaient désormais capables d'arrl·tcr les catholiques ni les libéraux. Alors, par un calcul bien digne de son machiavilisme débile, l'Empcrcur résolut de leur rendre encore quelques libertés, afin de les mieux opposer les uns aux autres. ll appellerait, pensa-t-il, la Chambre cl le Sénat" à prendre leur parl de fardeau». Les partis lutlCl'aient entre eux: cl lui, poursuivant sa politique secrète, il ferait retomber sur eux, sur leur opposition, les fautes qu'on pou nait lui reprocher. Il y aurait de nouveau, en F'rancr, au moins en apparence, une lutte de traditions et d'idées: et le pays lui serait reconnaissant, sans doute, de trouver entre les deux, une politique d'équilibre el de modération. Les décrets dn 21, novembre 1860 procédaient de cet état d'esprit, de ce calcul. lis étaient directement issus des difficultés créées par la question ro1naine qui a,·ait tourné les catholiques contre }'Empereur sans rallier les libéraux; el pour une part moindre, par l'opposition protcclionnistc aux traités de 18(;0. Ils n'étaient pas, comme Je disait pompeusement leur préambule, « un témoignage éclatant de la confiance de }'Empereur ». Ils n'étaient que la p1·cuve de ses embarras. Ces rlécrets rendirent donc quelque liberté aux assemblées, au Corps législatif, au Sénat. Tous les ans, Corps législatif et Sénat pourraient désormais, au moyen d'une adresse lib1·ement discutée, en réponse au discours du trône, examiner el apprécier la politique du gouvernement. Des ministres sans pmtefcuille seraient chargés de défendre cette politique et de soutenir les projets de lois. Enfin des comptes-rendus <les séances devaient être publiés chaque soir; el les débats, reproduits par la sténographie, figureraient ùi-e.1.:U>nso dans le Journal officiel du lendemain. C'était ainsi qu'en apparence et sans rien lâcher de ses prérogatives l!ssenlielles, ce joueur perpétuel espérait tromper le pays et lui faire partager ses responsabilités. On pouvait sculc1nent se demander si les partis n'allaient pas se servir contre l'l~mpire des apparences de liberté, qui leur étaient rendus; si, au lieu de lutter entre eux, ou, tout en luttant entre eux, ils n'allaient pas tourner leur effort principal contre l'Empire lui-même. La politique extérieure, à propos de laquelle ils se heurtaient principalement, ne pournit occuper toute leur acti,·ité. Avant tout, ils avaient besoin de liberté. Parlementaires du rf!gne de Louis•Philippc, doctrinaires républicains, hommes de !18, ouvriers soucieux de leur émancipation, tous avaient besoin de pouvoir plus librement parler, plus librement agir. A l'intérieur, comme à l'extérieur, l'Empire, en voulant tromper tout le monde, mécontentait toutes les classes. L"évolution économique autant que les aspirations politiques menait à la lutte contre le régime. Elle se prépara de 1859 à 1863.
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