128 IIISTOIHE SOCIALISTE discussions furcnl passionnées; les in<lustricls ne craignirent pas de chercher, comme ils l'ont fail trop souvent, à affoler l'opinion publique, par des chiffres faux. Les manufacturiers, <lisait-on, avaient dtî déjà réduire le salaire de 50.000 ou\'riers. Ce fut, il est vrai, contre 3 et contre 1, Yoix, que les deux assemblées sen·iles adoptèrent le projet. ~lais l'opposition du dehors persistait et mème reùo11blait q11and les conventions spéciales d'octobre et de no"embre fixaient les tarifs. Le renforcement que toute cet le agitation des manufacturicl's p1·0Lectionnistes allait apporter à l'opposition cléricale ne laissait pas d'inquiéter l' Empcreu r. En celte fin de 18()0, il se tl'Ouvait dans une situation singulière. Il avait cru, à la faveur de son triomphe de 1860, pou\'oir réaliser enfin ses desseins p1rticuliers; et il cl'Oyait assez à l'excellence des idées napoléoniénncs, il a"ait assez de confiance dans la fécondité du libré-échange ou dans l'efficacité de lïntcl·venlion française i1 l'cxlérirur, pour ne point douter un instant de succès nou,·caux et universellement acclamés qui assureraient sa dynastie. L'ardeur unitaire de l'Italie lui apprenait que les destinées des peuples ne se 1·èglent pas su,· les plans ténus des secrets diplomatiques; et les poussées successives de la Hévolution italienne déjouaient les combinaisous qu'il cherchait ü en tirer pour· rallier,, lui tous les Français. L'opposi lion pr·otcctionniste ,·enait d'accroitre les difficultés. Il a"ait conscience qu'il connaissait mieux que les industriels nlèmes les intérêts géneraux•de l'induStrie française; il a,·ai_t conscience qu'il scl'\·ait vraiment ces intérêts matériels, dont il \'Oulait être le constant défenseur. Mais à quoi bon les servir fidèlement, si ceux qui devaient être satisfaits de ces bienfaits ne les reconnaissaient pas, si au lieu d'acclamer le souverain, ils se tournaient contre lui, et protestaient mèmc, sur un point au moins, contre son pouvoir absolu? i\l. de Grammont a écrit vers cette époque une phrase qui jette u11jour singulier sur les préoccupations des conseils impériaux vers la fü] de 1860: « Le moment est Pellu pour /'Empereur, disait-il, de décharger sa personnalité du poids des méconlententents que sa politique doit nécessairement engendrer. Cc n'est pas un reproche que je fais, c'est un fait inévitable que je constate. L'Ernpereur ne peul ni satisfaire les réactionnaires, ni satisfaire les révolutionnaires. C'est la conséquence du r·ôle de modérateur qu'il a choisi ». Quel aveu I Quelle condamnation de la politique de mensonge el de duperie pratiquée par l'homme de décembre envers tous les proscrits, envers loules les classes I Comme le magicien de la légende, le politique intrigant qui prétendait évoquer tour à tour à so11profit le propagandisme catholique cl l'interventionnisme républicain, se trouvait débordé par ces .forces énormes qu'il avait déchainées sans trou,·er le mot fatidique qui devait les contenir. Sa personnalité n'était plus capable de supporter le poids de tous ces mécontentements. Ni les petites campagnes de la presse officieuse, ni
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==