Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

I 120 l-llSTOIHE SOCIALISTE les maladies. L0 baron Larrey, chirurgien en chef, écrivait aux médecins sous ses ordres: « Cert-aines cornplications mo1·bidcs, si elles étaient qualifiées par leur nom propre, tel que le typh11s, offriraient de graves inconvénients. Aussi je vous invite, ainsi que nos camarades de Milan, à la plus grande réscr·vc vis-a-vis du public dans l'appellation des maladies graves "· Le corps médical lui-m(:mc a,·ait appris comment on gouvernait l'opinion. Quoi qu'il en soit, ]'Empereur fut informé. Le souci de l'état sanitaire s'ajouta aux préoccupations diplomatiques ou inférieures. Le 24 juin, la sanglante dctoirc de Solférino, rcmpor·tée après quinze heures de bataille, et au prix de J0.000 hommes, décidait Xapolé.011 Ill à traiter. A défaut d'une médiation anglaise, que Palmerston, trop heureux de voir son impérial n.mi embarrassé, refusa d'offrir, il n'hésita pas à faire les premières avances i, l'Autriche. Le 8 juillet, l'armistice fut conclu: le 11, des préliminaires de paix furent signés à Villafranca. La Lombardie de,\'ait ètre cédée à la France et rétrocédée par clic au Piémont: en dépit de la proclamation ùu 3 mai, l'Autriche gardait la Yénètic, l'Italie n'était point libre jusqu'à l'Adriatique; le grand-duc de Toscane cl le duc de >lodènc devaient ,·entrer dans leurs l~tats; le Saint-Pè,·e serait invité ,, faire les réformes indispensables; une c,onfédération italienne sera il for·rnée, dont il aurail la présidence. Pour les patriotes italiens, c'était une trahison! Pour les libéraux français, enthousiastes de >lagenta et de Solférino, c'était une lâcheté incompréhensible' Du moins, les catholiques étaient à demi rassurés; et les susceptibilités européennes apaisées. Le 17juillet, :\apoléon III ,·entra à Saint-Cloud assez mécontcnl de lui-m.èrnc, cherchant à expliquer son allilude par l'inlérèt supérieur de la France. La nalion, heureuse de la paix retrouv_éc, lui fut alors assez indulgente . .\lai; les difficultés ne tardèrent point à reparaitre: dès août 18.;9, en dépit de tous les efforts de .\'apoléon pour calmer les Italiens, les forces ré\'olutionnaires, déchaînées par lui, poursuivaient leur œuvre. Cavour, après avoir renoncé bruyamment au ministère, dirigeait en sous-main les unitaires de Florence, de Boulogne, de :\lodènc, qui réclamait avec la Jiberté, l'annexion au Piémont. Le roi de Sardaigne représen_tait, que s'il s'opposait à ces aspirations Yéhémentcs, il serail lui-mèrne emporté par la révolution. De son côté, le pape s'obstinait, refusant les réformes, réclamant la soumission des Homagnols. Et les diplomates officiels, poursuivaut philosophiquement leur œuvre, pou\'aient bien le 10 novembre consacrer à :lürich _les préliminaires de \ïllafranca; chacun sentait que la question italienne n'en resterait pas là. i'i"apoléon li[ surtout sentait bien qu'un jour ou l'autre il faudrait continuer l'œuvre inaugurée par la campagne militaire de mai. Et il entrevoyait avec quelque inquiétude le moment où, de nouveau, il devrait s'opposer aux catholiques. D'ailleurs, les amis de Cavour, les grands initiateurs de la première lutte, avaient recommencé leur petite campagne d'in-

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