HISTOIRE SOCIALISTE 119 Il apparut, pendant ces premiers jours de la guerre d'Italie, que la politique du prince ;>,;apoléon l'emportait, que l'Empire.se ferait plus indulgent aux libéraux, cl . 1'01\ put croire que les républicains se rallieraient. Le Siècle soutenait yigoureusemcnt la politique d'intervention; dans toute une série d'articles, Pellctan défendait la cause des peuples opprimés. Et les ouvriers parisiens commençaient it s·enthousiasmcr pour la guerre. Le 10 mai 18.J9, ce fut au milieu <l'acclarnations que Xapoléon 111, quillanl Paris pour aller prendre le commandement de l'armée d'Italie, traversa les quartiers populail'cs, où l'Enlpire, cependant, avait tant d'ennemis. La campagne d'Italie dura quelques semaines. Le 31 mai, les .\utriehicns étaient baltus par les Franco-Piémontais à Palestro; let, juin, :, ~lagcnta, après une journée incertaine el qui faillit t'Lrc une défaite, l'arrivée de ~laoMahon sur la droite de l'ennemi donnait à !'Empereur une nou\'ellc victoire. Le 8, il entrait ù 2\lilau avec \ïctor-Emmanuel, cl dans une proclamation enthousiaste, faisait appel au patriotisme italien. « 'Cnissez-,·ous, criait-il à tous les habitants de la péninsule. unissez-vous dans un seul but, l'affranchissement de Yotre pays ... Animés du feu sacré de la patrie, ne !:.oyez aujourd'hui que soldats; demain, yous serez citoyens libres d'un grand pays•· L'Italie l'entendit: quelques jours plus tard, !'Empereur constatait avec stupeur que toute l'Italie du centre soulevée réclamait non point une conCédération, mais l'unité italienne. La Toscane, Parme, l\lodène avaient chassé leurs princes; les Légations secouaient la domination pontificale. Et partout, les pouvoirs étaient exercés par des agents de Cavour. C'était, à brève échéance, l'annexion au Piémont. Ce fut alors, pour l'homme d'intrigues et de petits calculs. qu'Ctait !'Empereur des Français, quelques semaines d'atroce inquiétude. :\'apoléon Ill avait espéré, par cette guerre d'Italie, satisfaire,, la fois les libéraux el les catholiques; il avait promis nux uns, par sa proclamation du 3 mai, r Italie libre jusqu'à r,Ldriatique; il avait assuré aux autres que la papauté serait respectée, qu'elle présiderait à la Confération de l'Italie affranchie, dont la France serait la protectrice aimée. Et il voJait maintenant l'Italie rCvolutionnaire, tout entière debout pour l'unité. De France 1 l'lmpératrice el \\'alewski lui télégraphiaient l'inquiétude des catholiques, des classes riches el des populations n11·alcs émues par la propagande du clergé. Surtout de redoutables complications étaient à craindre sur le Hhin; le réveil du patriolisrnc italien avait eu pour contrecoup un réveil du patrio~ tisme allemand, habilement excité d'ailleurs par la Prusse. Les ambitions prussiennes avaient intérêt à gagner la confiance du patriotisme germanique: après ;\lagenta, le prince-régent mobilisait six corps d'armée et se préparait à la guerre sur le Rhin. L'entreprise italienne allait avoir pour conséquence une immense conflagration européenne, si l'Empercur ne reculait point. Cependant la chaleur, les insomnies, les mauvais bivouacs multipJiaient
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