I J18 IIISTOIRE SOCIALISTE grands projets du ~lémodal sont de nouveau rappelés. La nation française ne voudra-t-clle plus les réaliser? Le branle est donné aux imaginations : bien des 1·épublicains rêvent de nouveau de la. France initiatrice, civilisatrice; protcct1·icc, de la France arbitl'e du monde, en possession de ses frontiè!'es natu,·clles, délivrée des tl'aités de 1815, vengée de \Yaterloo, rendant aux peuples la libcl'té, remaniant la carte de l'Europe. A la lin d'avril, enfin, lol'squ'en dépit des cffo1'ls de l'Angleterre et du projet univcl'scllcmcut accepté d'un Cong,.ès, les provocations de l'Autriche rcndh·cnt joie et vigueur à li!. de Cavoul', lorsqu~ la guerre pat'ut inévitable, èlapoléon Ill avait dcniè,·e lui pour celle c11L1·epriscla majeure partie des républicains. Celle fois, les opposants, même irréductibles, allaient se trouver d'accord avec le gouvernement! Ce fut à cette occasion que le j1ctil groupe des Cinq, des cinq députés républicains du Corps législatif,Ollivier, Darimpn, llénon,- élus en 18G7,- Picard, Jules Favre, élus en avril 1838, fü sa véritable entrée dans l'histoire du régime. Jusque-là, en dépit de leurs talents, d'autant plus remarquables parmi les médiocrités de cette Chambl'C, ils n'avaient exercé qu'une action bien minime. Les huissiers les avaient pal'qués sut• les bancs les plus élevés de l'cxt!'ème-gauchc. Dans celle atmosphère d'hostilité et de suspicion, audeli, de laquellê leur voix ne pouvait 1·etentir, toute action semblait condam II ée à être inefficace; et leurs interventions modestes en faveu,. des libertés publiques étaient souvent sans résultat. Jusqu'en 1850, les Cinq avaient pris rarement la parole. A la séance du ::lO avril 1859, devant un auditoire si malveillant que M. de :\lorny dut réclamer le silence, Jules Favre, pour la première fois demanda la parole. Il décrivit la domination de violence établie par l'Autriche en Italie, l'oppression de toutes les ty,·annics de la péninsule, l'intolérance brutale du gonvernement pontifical restauré par la France en 1849. Il déclara que ln guerre lui donnait satisfaction, si elle devait chasser les Autl'ichiens d'ltalio, si elle dc,·ait aboutir par l'élan du peuple au renversement de toutes les dynasties. :\lais le gouvernement pouvait-il donner la certitude qu'il ne rétahlirait pas ces dynasties?« Si le gouvernement des cardinaux est brisé, l'Empire ,·ersera-t-il le sang des H.omains pour le relever?» C'est la question que pose Jules Fanc, comme s'il pressentait déji, où !'Empereur, allié des catholiques à l'intérit"u1·, et faisant la guerre contre leur gré, va bientôt s·arrèter. Mais l'aide, apportée au Piémont, apportée à l'Italie pour son indépendance, l'enthousiasme. (( Je dis, conclut•il, qu'entre vous et nou~, sur la politique intérieure, il n'y a aucun pacte possible. :\lais, si vous voulez détruire le despotisme autrichien, délivrer l'Italie de ses atteintes, mon cœur, rnon sang, tout mon être sont à vous; me réservant seulement, après la victoire, de demande!' au triomphateur compte des principes étel'ncls qui auront fait sa force au d,chors, cl qui feront la notre contre lui au dedans, s'il ne rend pas:, son peuple la liberté qu'il aura restaurée chez µne nation amie.•
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