Albert Thomas - Le Second empire : 1852-1870

114 lllSTOIHE SOClA.LISTIE voir la publicité donnée aux débats, à la plaidoirie de Jules Fane, et de lire clans cette plaidoirie la lellTe de repentir adressée par l'accusé à !'Empereur co1nme un appel suprême à la délivrance de l'Italie. Pn'l à la mort, le patriote italien, Je militant de 18',8, l'homme reste fidèle à son serment, déclara il Youloir encore servir sa patrie. « P1·ès de la fin de mn carrière, disait-il, 'je veux néanmoins tenter un tlernier effort pour venir en aide à l'Italie, dont l'indépendance m·a fait jusqu'à cc jour traverser tous les périls, aller au-devant de tous les sacrifices. Elle ful l'objet constant de toutes mes affections, et c'est cette dernière pensée que je veux d<'1>oserdans les paroles que j'adresse i, Yolre :\lajesté. Pour maintenir l'équilibre actuel de l'Europe, il faut rendre l'Italie indépendante ou rcsse1Te1· les chaines sous lesquelles l'Autriche la tienl eu esclavage. Demanderai-je pour sa délinance que le sang des Fran~ajs soil répandu pour les llaliens? ;'ion, je ne ,·ais pas jusque lit. L'Italie demande que la France n'intervienne pas contre elle; elle demande que la France. ne permette pas à l'.\llcmagnc d'appuyer l'Autriche dans les luttes qui peui-ttrc vont bientôt s'engager. Or, c'est précisément ce que Votre !\iajestépeut faire, si elle le vcul; de celle volonté donc dépend le bien-être ou le malheur de ma patrie, la vie ou la mort d'une nation' à qui l'J~urope est en grande partie redc,·able de sa civilisation ... Qlle Votre :\lajcslé ne repousse pas le vœu suprême d'un patriote sur les marches de l'échafaud; qu'elle délinc ma patrie, et les bénédictions de 25 millions de cilo,cns la suinont dans la postérité "· C'était la pensée napoléonienne, jusques el y compris le dési,· de ne pas intervenir, à main armée, qu'Orsini exp1·imait là. Le fidèle et discret Piétri avait sans doute mis la main à celle leltre suprê1ne. :\lais qlle signifiait encore une fois ce brusqué revirement et cette mise en scène ? Aux grands desseins, les petits moyens. C'était la pratique habiwelle d~ !'Empereur. L'homme indécis qu'il était, tiraillé entre les cli,·e,·ses influences consel'\·atrices ou démocrates, des Tuileries ou du Palais-Royal, avait rapidement vu dans l'attentat le moyen d'excus-er, auprès de l'impératrice, auprès des conseillers conscn·atcurs, une intervcntiou italienne. L'impératrice fut désormais com·aincue des dangers que son obstination anli-italienne faisait courir à son mari,,, la dynastie. Elle se laissa imposer la décision impériale. Elle travailla, comme elle l'écPirnit au comte Aresc « à se faire italienne ». )iapoléon Ill alors s'engagea. Ce fut des Tuileries que Cavour r~ut, pour lcS:publier dans la Gazette Piémonta;se, la lettre cl'Orslni, lue par Jules Fan-e, el celle qu'il adressait encore,, !'Empereur, le 9 mars, avant de monte,· sur l'échafaud. Rome était momentanément sac1·if1ée. Les articles d'Edmond Aboo l, dans le ftfonüeur officiel, articles où il ré,.élait son détestable gouvernemen l, le lui apprirent! Ainsi à l'extérieur, !'Empereur, inaugurant décidément sa politique ita-

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