Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

82 IIISTOIHE SOCIALISTE interruption; • Il faut être hicn ,ûr de ces choses-là, c1uand on les dit. • Il convient que les meurtrie,·~ de Br(•a soient aussi les assassins de l'archevêque, el la réaction allait jouer do ces cadavres avec une supériorité attestée par la multitude des estampes qui retracent ces tragic1ucs scènes de mort. Faut-il s'étonner après cela si l'on lue à tort et à travers IC'sgens en blouse et aux mains noires; si les cours des casernes dr, icnnenl de véritables obattoirs; si Edmond Adam et hien cl'autrc•s sont ohligés d'arrach~r aux mobiles les victimes que res jeunes ge11s cnfié\'rés n'ont pas eu le temps de passer par les armes; si les sentinelles tirent par les soupiraux sur les pl'isonnicrs entassés et asphyxiés dans l'étroit souterrain qui s'allonge aux Tuileries sous la terrasse du bord de l'eau; si, sur la place d11 Carrousel, d'autres prisonniers sont massncrés la nuit par plusieurs co1·ps de tr·oupcs qui, dans la confusion, font feu au hasard et se foudroient mutuellement: si, dans les fort• et les prisons, des vieillards cl des enfants sont fusillés p,1h•-nH1lc aYcC les adultes; si des blessés sont arrachés de leur lit pour ,1trc ache,•és à coups de sabre; si la délation s'épanouit sur cc lumirr humain comme une plante vénéneuse; si clans tous les quarliers la Garde :-lationale se fait la poun-oyeuse des tribunaux et rxcrcc les Jonctions « de police auxiliaire •· Je renvoie aux pièces annexes du courageux ouvrage que Louis ~léna'rd éc,·i,·it quelques mois plus t~rd sous le Litre de: Prologue d'une rè<>ol11tio11, ceux qui Youdraicnt avoir le détail cl la preuve de ces écwuranlcs férocités. Oui, certes, il faut rcgr·ctler les omcier•s et généraux tombés clans celle gucrre"des rurs: car c'était aussi du sang humain et français 11ui rougissait le sol; mais, pour une goulle de sang bourgeois, combien coula--t-il de ruisseaux de sang plébl'icn ! Combien y eut-il de victimes après le combat! Le Russe llerzen, qui réside alors i, Paris, trom·e qne l'horreur de l'invasion cosaque de ·1815 est dépassée. On estime li 25.000 le nombre des personnes arrNécs, dont la moitié ,•n,·iron furent relàché,•s. La presse anglaise fit monter le nombre des morts i, 50.000. l.a préfecture de police n'en avoua que 1.1,60. Le chiffre est hicn élevé d'u11e part, hien petit de l'autre; mais il est difficile de le pn1ciscr; les sociétés en mal de gu<•rre civile ne tiennent pas une sévère ~omplabilité de leurs perles en hommes. Nous savons seulement que la Chambre de commer·cc, faisant celle année-lit une enquête industrielle, trouva des rues cntii•res d,1peuplées; que telle corporation, celle des mécaniciens, par exemple, fut d,·ci,nt'e au point que beaucoup d'ateliers durent chômer faute d'ouvriers. Restons imprécis pour être exact. Mais on ne court pas le risque d'exagérer ,·11 disant que la saignée fut formidable et enleva plusieurs millier,; de personnes. Laissons dormir vainqueurs et vaincus, rcposa11laujourd 1h11i côte 8.côte, et chcrcho11s ù définir le caral'lèrc de ces journées rouges, qui fut peu clair pour la plupart des contemporains. L'insurrection fut-elle dirigée contre la République? Les vainqueurs ont voulu le faire croire. L'Assemblée adopte les enfanta de ceux qui ont péri, dit-

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