Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

64 1IISTOJHE SOCIALISTE visoire el ruineux. Seul Emile Thomas laisse voir le désir de maintenir les Ateliers nationaux jusqu'à une époque indéterminée. lis sont sa création ; ils ont lait de lui une puissance ; ils peuvent encore servir d'instrument électoral, l'aider dans les manœuvres assez louches qu'il opère en ce moment au profil de sa candidature et peul-être des intrigues bonaparlisws. Quoi qu'il lasse, les Ateliers nationaux sont condamnés à mort dès le 15 mai. Resle seulement à savoir si leur mort sera lente ou brusque. Il faut ici une patiente cl scrupuleuse attention pour débrouiller l'écheveau emmêlé des événements cl des responsabilités individuelles cl collectives. La question occupa, au sein el en dehors de la Constituante, une telle abondance de comités, de commissions et de sous-commissions que la plupart des historiens se sont perdus dans cel enchevêtrement. On me pardonnera, vu l'importance du sujet, si je m'attarde à guider dans cc dédale ceux qui voudront bien m'y suivre. Trois pouvoirs jouent un rôle.dans la dissolution des Ateliers de la Seine. C'est d'abord le Gouvernement, qui est alors la Commission exécutioe el sur lequel, par une curieuse anomalie, le département et la ville de Paris laissent de plus en plus parler toute la charge. La gestion des ateliers de lemmes, qui sont peu nombreux el dont l'entretien, vu la vente des produits, revient à 15 centimes par jour el par lêle, appartient au ministre des finances Duclerc. Les ateliers d'hommes, grossis de ceux qui avaient existé séparément au Champ de Mars et dans la banlieue, relèvent du ministre des travaux publics, Trélat. Le docteur Trélat est un très honnête homme et même un excellent homme, qui a été appelé par des adversaires • un saint laiquc • à cause de son zèle charitable; mais il n'a pas été préparé par ses études médicales aux !onctions nouvelles qui lui incombent. Ses bonnes intentions sont gênées par son inexpérience technique et politique autant que par son horreur du socialisme. Quant à la Commission exécutive, divisée comme le fut le Gouvernement provisoire, elle va de droite et de gauche, irrésolue, ballottée, tiraillée, changeante. Elle n'ose ni répudier ni exécuter les engagements du pouvoir dont elle a hérité. Un membre de l'opposition la comparera, sans bienveillance, mais non sans justesse, au don Juan de Molière entre Charlotte el Mathurine. Le peuple l'appellera, à cause de son inertie, la Commission inexécutioe. Par cela même, l'Assemblée met de plus en plus la main au gouvernail. Elle s'e.sl partagée en trois groupes qu'on désigne par le nom du local oil.ils se réunissent. C'est le groupe de la rue de Poitiers, catholique et conservateur, rendez-vous de ceux qui se proclament les amis de l'ordre. C'est celui du Palai&National dont les socialistes sont exclus et dont les personnages influents sont des républicains très modérés, candidats à la succession du Gouvernement. Senard, Goudchaux, Cavaignac, etc.· C'est celui de la rue det Pyramides qui comprend les radicaux el les démocrates. Enfin, parmi les comités entre lesquels s'est répartie l'Assemblée, il en est un oil. figurent les représentant.a qui s'intéressent le plus au sort de la classe populaire : c'est le Comité du traoail ou

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