Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

IIJSTOIRE SOCI.\LISTE 65 des travailleurs. Corbon en est le président; des démoerates el des sorialist<?s, quoique Louis Blanc ait refusé d'en être, s'y rencontrent a,·ec des t«-onomisws, des industriels philanlhropes, des catholiques préoccupés d'œuvres sociales; et là <'élaborent les principales réformes t«-onomiques qui seront propos<'es ou adoptées au cours dr la législature. Or ces trois pouvoirs semblent pour commencer parlaiteme11t d'accord. Lo 17 mai, Trélat nomme une Commission eXlra-parlemenlaire, composé<> d'ingénieurs de l'Etat et d'ingénieurs rivil,, chargée d'étudier cc qu'on peut !aire. Dès Je lendemain cette Commission se réunit, délibère. Un rapport, qui conrlul contre le maintien de J'é•tat de choses existant, est rédigé la nuit même, lu, discuté, adopté, communiqué dans la matinée du 19 au ministre qui l'approuve et Ir lait imprimer sans délai. Lo même jour, la Chambre a renvoyé à son înmit, du travail deux propositions qui réclament une dissolution rapide. Il semble donc que les choses vont marcher rondement. Mais il se produit un revirement soudain dans les opinions du gouvernement. Le rapport, au lieu d'êlro distribué aux députés est, dans la journée du 20 mai, arrêté, wnu rigoureusement secret. li l'est demeuré jusqu'à nos jours, si bien que nous omrnes réduits à des conjectures sur sa terreur mystérieuse. S'il lnut en croire les témoignoges ronC'ordants de Louis Blanc, de Proudhon et d'Emile Thomas, le gouvernement aurait été efîrayé d'un projet qui reconnaissait formellement le droit au travail. :La pour du socialisme le hantait comme un fantôme. ~lais C(' fantôme reparaissait partout. Emile Thomas avait organisé quelques Ateliers spéciaux dont les produits Naient ensuite cédt's à prix de revient aux travailleurs qui e11 avaient besoin; et dès la fin d'Avril, il avait apporté tlll plan de transformation. (1). Or ce plan, sauf quelques détails, ressemblait èlrangement aux iclt'os du Luxen,bourg. Avec ses ateliers et ses magasins commandités par l'Etat, avec ses boulangeries coopératives et l'emploi collcctil des bénéfices, il était une véritable organisation du travail et Louis Blanc (il le déclare lui-même) l'eût volontiers contresigné. Les modérés du Gouvernement provisoire l'avaient écarté sans hésiter. Et Thomas, mandé le 22 mai, devant le Comité du travail, avait reproduit cos propositions en les enrichissant d'un artirle nouveau : Los ouvriers (t) On peut le résumer ainsi : Dans chaque induslrie créer un syndicat.. composé moitié de patrons. moiliê d'ouvriers. et nommant un syndic magistrat ainsi qu'un ttgi!!.eur proteuionnel. - Régulièrement constitués les syndicats eussent formé, par l'envoi de deux délégués pour chacun de, syndica\.!!- de famille (familles du bâtiment, de l'ameublemt>nt, de l'habillement. de l'alimentation, etc.). Ceu.x-ci, À leur tour, eussent de la même raçon formé un Conseil général dea professions ioduslrielles rallaché au minislère des lravaui publics ou à celui du commerce. Chacun des syndicat.s eûl donné un tarir provisoire du lravail en prenant l'heure comme unité. Puis chaque syndical eût délégué son ~isseur l l'administration des ateliers nationaux, où euuent ét.é admis, à. salaire réduit de moitié, les ouvriers inoccupés de la profession. Les locaux el outils nécessaires eussent été fournis à. bas prix par les fabriques en état de ch6ma.ge. Les produit.a,servant i. garantir le1 avances que l'Etat aurait raites, aurait>nt été vendus de façon à n.m.bouner l'Etat et le Mné0ce, s'il y en avait eu, aurait se"i l créer des caisses de secours pour les 1yndicat.s. Enfin, dans des esJ>'ceade cités ouvrières munies de tout le confort possible, oo eill obtenu, par des boulangeries et des cuisines en commun, la vie t. bon marché.

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