Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

HISTOIRE SOCIALISTE 3(;!) rPçucs solenncllem~nt par Béranger et Lamennais et enregistrées au Aloniteur. L'archen'que de Paris envoyait ses couverts d'argent: des employés, des ouvriers offraient une joul'néc de leurs salaires, donnaient }('lll' montre cl leur chaine; des femmes du peuple sacrifiairnt leurs hagurs, leurs boucles d'or('"illcs, lrurs cadeaux de noces. Touchante cl maigrr contribution! Qurlqucs gouttes d'eau dans un immense bassin ddc ! Yoilà tout cc que pouvait fournir cette espèce de ~!ont-de-piété national! De ceux qui possédaient de rargrnt, rien ne venait. Le capital émigrait ou se terrait. La baronne Bonde écrit:« Si vous faites une visite, vous trouvez une dame avec des 111ains trè-s sales, qui vient de creuser un Lt·ou dans son jardin pour y cacher ses hijoux. ,, D'autres gc11s riches se hâtaient de rassembler· leurs cuillers el fourchettes pour les porter à la )fonnaic. C'était à qui, clans la class<" aÎsl'c, n'duirait ses dépt·nscs. supprimerait diners et fètcs, vendrait ses chenwx et ses ,·oilures, renverrait ses domestiques, s'habillerait fnesquincmcnt, ajournerait le paiement de ses fournisseurs, jouerait la gène. Un conlcrnporain a nommé cela « la conspiration de l'é.-onomie •· l.es colifichets de la mode se vendirent i, dl prix, ce pr'intcmps:--là. Le numéraire de,·cnail une rnreté. Un bou1eval'dicr sortait de sa poche a,·cc ostentation une pièce de 20 francs qu'il ,nontrait à un cercle de badauds : « Regardez bien I criait-il I La voilà! C'est la dernière! Un son pour la voir! Deux sous pom·la loucher!» Allait-on faire banqueroute> Le gouffre était ù deux pas. Chaque malin le caissier central disait à Garnie1·-Pagès: a: ~Ion sieur lc~linistt·e, nous avons encore de quoi ,·ivre tant de jours. » Et le nombre des jours allait diminuant de façon effrayante. On avait beau se débattre. On était contraint à des procédés irréguliers. Les fonds réserrés pour l'amortissement de la dette étaient dfpensés au jour le jour. Le ministre se faisait autoriser à aliéner: l' les diamants de la couronne, joujoux sonlptueux dont on n'avait plus que faire; 2' les terres et les bois de l'ancienne liste cil"ile; 3° une portion des forêts nationales; et il engageait à la Banque une pa1·tie de ces ressources pour garantir une avance de 230 millions qu'elle faisait i, l'État. Cet emprunt déguisé ne suffisait pas encore, cl les orateurs des clubs révolutionnaires réclamaient soit un impôt extraordinaire s11 r les riches, soit le rcmbou rsement du milliard accordé aux émigrés par la Restauration. C'est alors que CarnierPagès, 'Clans son embarras mortel, s'a"isa de demander un sarrifice exceptionnel à la propriété foncière. On décréta le 16 Mars le fameux imp6t des ~5 centimes. qui fut complété, le 19 Avril, par une taxe de 1 0/0 sur les créances hypothécaires. Il consistait à aÙgmenter de 1,5 centimes 0/0 le total des quatre contributions directes. Les rôles étaient tout prèts; pâs de temps perdu; on s'assurait de la sorte les ressources nécessaires. L'idée n'était point neuve. Garnier-Pagès ne peut êt1·c accnsé de l'a\'oir inventée. Le premier Empire, Louis XVIII, Louis-Philippe »·aient eu succes-

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