Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

370 HISTOIRE .SOCIALISTE sivcmcnt 1·ccou1·s à cet expédient. Je dirai plus; c'était une idée très bourgeoise. une idée conforme ù ]'évolution économique du siècle, oü, peu il peu,· la richt:'s:;Cm' ohilii•rc pre11ait Je pns sur la richesse foncière, La Revolution de Ht!O avait élê, au ,fond, la victoire de l'nrislot;ratie fi11anoière et industrioJlr s111l·'aristocratie terrienne, le conuncnccmenl du règno des banquiers, cornme disait naïvement Laffitte. Garnier-Pagès, sciemment oµ non, agissait en représentant de la bourgeoisie des villes. 1\lai$, grâce nu suff1·age univcl'- scl, les campagnes pr·cnaienl une importance qu'elles n'avaient jamais eue. Le Gnurnrncmcnt provisoire ne s'en rendit pas suffisamment compte. Ce qui le préoccupa surtout, cc fut de savoir si cet impôt porterait aussi sur les petites cotes fonciè,·cs, sur les possesseurs de minuscules lopins de terre, décorés du vain 1101n de pl'opriétaires, mais n'ayant pas cle quoi vi,11'e sur leur pnreellc. Louis Blanc, Ledru-Rollin pal'lèl'Cnl en faveur de <·es prolétairos de la propriété. lis souhaitaient ,p,-on les dfgl'Cv:il formellement, on chargcanl davantage les grns propriétaires. Ledru-Rollin proposait. pour ceuJ>•CiJe taux de 1 fr. 50 °I,. G~rnier-Pagès déclara qu'il donnerait o,·drc aux porccplcurs d'épargner les pauv,·cs et qu'en conséquence le rapport de l'impot, qui devait. ètrc do 190 millions, se,·ail calculé sculcmc11l à 160. Dupont do l'Eure était inquiet; il r.t remarquer que les percepteurs, par leur situation mt\me et en me de leur avenir, éLaicnl beaucoup plus enclins à ménage,· les riches c1ue les pauncs: il craignait que le nouvel i mpôl. no rit haïr la République par les paysans. (\lais on ne sut pas indiquer de façon précise qui aurait droit i1 l'exemption; on se contenta de la promesse vague de Garnier-P~lj'èS, C'était une énorme imprudence, comme l'expérience Je démontra. Les paroles de Dupont de l'Eure furent vraiment prophétiques. La p~tition du club de Barbès en faveur des petits contribuables de la campagne se révéla fort sage. De Ioules parts affluèrent. des réclamations, où l'on se plaignait que les fonctionnaires fussent épargnés. Appliqué durement, frappant des gens qui souvent. n'étaient pas en <ital de supporter celle surcharge, l'impôt eut en out,,e Je tort d'être assis, non pas sur la base de l'impôt ordinaire, mais sur la totalité des taxes extraordinaires que s'étaient imposées les communes pour dos travaux utiles; il en 1·ésultait que les plus chargées et les plus méritantes des communes furent encore les plus -grevées. Cela parut injuste ut l'était en effet. On comprend qu'exploitée par des ad\'ersaires habiles la création cle cet impôt temporaire ait suscité dans les campagnes de graves mécontentements. Lamartine, qui en fut partisan, lui fait honneur d'a,·oi,· seul permis le fonctionnement régulier des dh•ers services; mais, s'il sauva les r.nanccs de la Hépublique, il contribua cerlainement à tue•r la République, à la manière de cc.rtains 1·c111èdesqui guérissen't un mal en le rempla~·ant par un plus grave. Il était une preuve de plus que le Gouvernement JH'o,·isoiro n'entendait pas reporter sur les privilégiés de la fortune le fardeau excessif qui pe~ait sur les épaules des travailleurs.

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