Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

IIISTOIRE SOCIALISTE suffil'c à ees paiements échclon11és <'l il rompit ses engagements. l'n grand C'mprunt national était alors possible, 1111 emprunt. qu'on n'aurnil. point adjugé <·rue fois :1 un gros banquier, mais qu'on a111·ail fait couv1·ir J~ar une soustTiption populail'<'. c·('lÎl étf la France- nou\·elle subvenant ,·olontair<·mcnt aux frais dC'sa transfo,·mation. l.'cntho11siasmc républicain des J}l'C'nlic,·sjou1·s pouvait ainsi se• monnayer, poun·u qu'ou lui offrit une souscription à des conditions raisonnables. Plusieurs mcmbl'cs du gouve,·- ncmcnt, Lama,·tinc parmi eux, demandaient cet appel direct à la confiance publique. llélas I Garnier-Pagès, dont le p1·incipal litre à sa fortune politique élait d'(·lre le frl·re d'un bon militant 111orta,·ant la victoire, laissa passer le 111omcnlpropice. Il était, lui aussi. timoré, peu inventif; il n'avait pas·cn la cause quïl servait la foi qui crée' l'audace; il avait écrit, le 25 Février, à Odilon Barrot: " Les fous que mus savez viennent de proclamer la République.• Il n·osa pas 011 du moins il <'.'sati111idemcnt. Il restait 100 millions à souscrire sur l'emprunt voté en novcmb,·c 18117. Garnier-Pagès les appela le 9 Mars, offrant en échange de la re11te .-,0 O a11pair. Or la rente se vendait it cc moment de GO i, ;;o francs. L'offre d'en acheter à 100 francs ne pouvait <-.t,·cacccpl<~c que par dévouement. « Cc n'<'st pa~ une opération financière, disait le ministre, c'est une mesure politique.» :\lais les capitalistes auxquels il s'adrC'ssait n'a,·aicnt aucune envie de Cl'éditcr ~, perte une République qui 111rntH:ait lrurs p1·i,·il(•ges; l'emprunt ne produisit qu'un demi-million cn,·iron; et le péril c1·oissait toujours. Des moyens révolutionnaires furent proposés. On parla de confisquer les biens de la famille d'Ol'léans; les princes déchus étaient sans doute les plus grands propriétaires de France; mais on n'était plus au Lemps où la Révolution déclarait biens nationaux les terres cl ch,\leaux des émigrés. Un banquier, Delamarre, aurait eu, dit-on, l'idée d'un emprunt forcé sur les plus riches capitalistes; il aurait même apporté au minist,·e la liste des plus opulents. Un autre banquier, Achille Fould, au rail été d'a,·is de recouri,· à l'expé.dienl que le roi Louis XI\' pratiquait sans scrupule, quand il retrànchait aux rentiers un ou deux «quartiers», c'est-à-dire de suspendre pendant un ou deux trimestres le paiement de la dette publique. C'eût été une hanqueroute partielle, frappant,, son to111l·a classe aisée. On a,·ait, dans l'affaire des caisses d'épargne, décrété la p.ucillc pour la classe pauvre: mais celle-ci parut chose abominable. Personne ne voulut, plus tard, avoir conçu pareils desseins. Démenties par leurs auteurs, mais attestées par des témoins nombreux et graves, rcs démarches n'avaient en lout cas aucune chance d'être agréées par Garnier-Pagès. JI renonçait même pour le moment à l'impol sur le revenu, qui, disait-il, était trop long à organiser. Dans celle détresse l'on s'amusait i, de puériles parades; on mettait un impôt sur les rnil11rcs de luxe, les domestiques et.les chiens; on recueillait des offrandes patriotiques qui étaient apportées en grande pompe à l'Élysée,

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