Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

~l;ISTUIIII~ SUCIALISTE 27 la vie civile, il se heurte, en matière politique, au principe laïque qui implique la neutralité de l'Etat entre les diverses confessions, comme, en matièl'e do doctrine, reposant sur le principe théologique qui met la vérité infaillible dans un homme, dans un concile ou dans la traditicn, il se heurte au prinripe philosophique qui soumet t..:,uteopinion au contrôle de la rai•on et du lib,·e examen. De là un antagonisme irl'éductible entre l'Eglise catholique et la France de la Révo. lution. -Des deux parts il existait un noyau d'hommes sentant et représentant cet antagonisme. Dn côté répul>licain,des p"nsem-s,universit..iif('spnur la plupart, chauds encore de leur quel'elle a""' l •;;Jésuites, comme Quinet, :l!ichelet, Lilt,i, opposaient les recbercbes de la science aux arfirmations de la foi, la morale dr la justice à 1:,, morale de h grâce. Et rlerrière eux marchaient bon nombre de gens du peuple ayant gardé çoatre ce que le langage populail'e nommait brutaleme,:it • la prôtraille • une défiance ~t une haine instinctives. Béranger, qui avait si \'el'tement raillé« les lwmmes noirs», avait dans les ateliers nombre d'admirateurs qui redisaient ses refrains. Du côté des catholiques, c'était .\Iontalembcrt, le tribun de l'aristocratie, comme l'appelait Louis Blanc, un libéral repenti, parti du même point que Lamennais, mais ayant évolué en sens inYerse, qui avait dénoncé la victoire C:u radicalisme en Suisse comme une nouvelle invasion de barbares et qui écrivait au mois de mai J81i8 : • J'ai dèYoué les vingt plus belles aunées rie ma vie à m•e chimère, à une transaction entre l'Eglise et le prin<:ipe moderne. Or, je commence à croire. non seulement que la transaction e,t im.possib:e, miüs que le principe moderne est hien exclusivement, comme le démontre ~~ichel~t dans son dernier volume sur la Révolution, l'œuvre de Voltaire et de Rousseau et l'antipodo du christianisme.• C'était l'abbé Dupanloup qu_i,avant même la Révolution, prêchait sur ce texte de l'Evangile, altéré au profit des heureux du monde : • Vous aurez toujours des pauvres avec vous.• Ceux-là, le jour où il s'a;?issait de choisir entre le peuple et la bourgeoisie, entre les prolétaires et les propr:étaires, allaient ·vers la classe aisée qui voulait le mainthm de l'organisation exi~Lante. lis y allaient d'autant plus volontiers que la bourgeoisie, voltairienne avant 1848 comme la noblesse l'avait été avant 1789, opérait, à l'exemple de celle-ci et pour des raisons identiques, une conYcrsion semblable. L'Eglise, association antique et privilégiée dans la nation émiettée, prêcheuse de discipline dans le vent de révolte qui bouleversait les rangs de la société, dressant la misère éternelle et l'éternelle aumône en face des rêves ég-alitairesdu socialisme, apparaissait aux conservateurs affolés comme le roc le plus solide où l'on pût s'amarr, r pendant la tempête, comme le vrai et unique rempart contre l'esprit réYolrrtionoaire. On peut dire que par une double et. symétrique évolution le catholicisme se faisait bourgeois en même temps que la bourgeoisie se faisait catholique. 11 serait encore plus euct de dil'P-qu'elle se faisait cléricale: car œtte voltf-

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