26 HISTO/HE SOCIALISTE de 18",8avait été infiniment plus clémente à l't,;glise que la Révolution bour· geoise de 1830. Le peuple, en envahissant lesTuileries,avait rencontré un superbe crucifix d'ivoire ; un polytechnicien s'en éiait saisi et s'écriant: • Voilà notre mait.re à tous ! • il l'avait transporté, ao milieu d'une foule recueillie, dans l'église la plus voisine. La scène a été reproduite à satiété par la gravure. Sur les estampes du temps, la République apparait à chaque instant entre le Christ et un ouvrier, soutenue par un ange, encadrée d'oraisons pieuses ou de versets bibliques. Le clergé avait copieusement bénit les arbres de la Liberté, répété sur tous les tons que la devise républicaine était identique à la devise chrétienne. Des députations de prêtres allaient assurer le Gouvernement provisoire de leur dévouement ; des adhésions formelles et parfois passionnées étaient données à la France républicaine par les évêques, par le nonce du pape et, qui plus es~. par le pamphlétaire sacré del' Unioers, Louis V~uillot. Telle petite brochure, qui porLc le titre de Catéchisme républicain, répond à cette demande : - Qu'est-ce que la République - par cette définition : - • C'est vraiment le règne de Dieu sur la terre. • On retrouve des expressions tout à fait semblables dans les écrits socialistes. Cabet prétend établir • le christiauisme dans sa pureté • et se régler sur l'exemple du grand communiste Jésus. Considerant,. Pierre Leroux, Louis Blaue. sont des âmes religieuses et nourries de l'Evangile. Proudhon même, s'il écrit quelque part : Dieu, c'est le n,al - a jeté ailleurs une prière au Dieu de l'égalité. li semble donc que l'accord·!îit aisé entre l'Eglise et des révolutionnaires, je ne dis pas aussi orlhodoxes, mais aussi imprégnés d'esprit chrétien. D'elk, à eux, il y avait de plus, pour ainsi dire, un pont. IJ était fait par èies démocrates chrétiens, qui étaient très sincèrement l'un et l'autre : Lamennais, passé tout entier du pape au peuple, mais resté croyant quand même , Arnaud de l' A,·iège, Lacordaire, le dominicain qui fondait un journlll intitulé : L'ère nouoelle et recrutait en quelques semainçs 3.200 abonnés dans le monde ecclésiastique (1). Les ouvriers savaient d'ailleurs que des catholiques (Buret, Villeneuve-Bargemont, le vicomte de Melun) avaient efficacement travaillé, côte à côte avec le docteur Trélat ou Ledru-Rollin, à l'a,;loucissement de leur misère, non pas seulement· par des largesses charitables, mais en réclamant des lois protectrices de )'enfant et de la femme. Pourtant l'accord lut vite b,-isé pour des causes puissantes e.t multiples. II y a une logique des choses. Le catholicisme, fondé sur une sévère hiérarchie de supérieurs et d'inférieurs et devenu, au XIX• siècle, une monarchie absolue, a des affinités naturelle:i avec les sociétés où l'autorité se concenLre en une seule personne et où la division en classes est solidement constituée. Hpeut se résigner à la république et à la démocratie : il n'y est pas spootan.éme.nt favorable. Puis, reposant sur le principe théocratique qui assigne à la religion la hawe main sur (t) L'abbé de la Trappe donnait, .. .+gt"5 de son <'Pd!• comm• ua mod61ode ....,.-Npablicain ,L socialist~. I
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