Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

Ell TOIHE SOCIALISTE 343 mobilisées et représentées par des lettres de change, qui ne pourraient être émises qu'à condition d'avoir derrière elle un gage réel et sérieux. Cette Oan<rue ferait toutes les opérations des l>a11qurs ordinaires et des Comptoirs '.d'escompte : émission de papier, escompte des elfcts de commerce, a,~ances sur titres - de plus les ventes cl achats sur consignation, le crèdit sur cautionnement et sur hypothè<rur. les recou,-rcments gratuits de crt:auccs, la commandite. Elle se contenterait d'nnr commission de .l 010 pour couvrir ses frais généraux; elle ne <·hercherait pas à faire de bénéfices. L'Etat pourrait s'inscrire au nombre des sociétaires, et dans ce cas, il ferait rrrernir le pa1>ier de la Banque dans les caisses publiques: en retour, la Banque lui consentirait des a\'ances jusqu'à C'OJH'ur1·encc dl' 7)0() mHlioos. Proudhon comptait sur cette combinaison pour tuer l'intérêt, pour sup• primer la dette hypothécaire. pour amortir la dette puhlique. pour rendre la douane inutile, pour :réduire l'in1pôt, et, cc qui n'était pa~ moins i1nportant, pour empt'•chcr les {?'l'ê\'CS et rhùmagcs, pour transforme!' peu à peu les propl'iétaire:-. oisifs, ceux à qui le t1·a\'ail paie une pension sous forme de loyers et <le formages. en tra\'ailleurs obligés de produire. Il <h·aluait à ï milliards le profit que la nation tirerait de cette Banque nationale. Mais elle demeura dans le, limbes pa.-lcmcntAires 0,1 ,lormcnt tant de projets; et Proudhon, renonçant i, rien attendre de l'Assemblée, se rabattit sur l'idée d'une banque oii lï~tat n'aurait rien à "oir. Il l'appela Banque du peuple. L'acte de fondation et les statuts de la Société, qni se chargeait de réaliser la Banque du peuple, furcut signés le 31 Jan,·ier 181,9. Elle a, d'après son fondateu1·, un but l."-Conomiqùr,qui est <J'organisc1· démocratiquoment le crédit en mettant les instrumf'nts de tra,·ail à la portée de tous et en leur facilitant l'écoulcmcnl de leurs produits. Elle a aussi un but politique, qui est de montrer qu'on peut se passer du gou,·crnemeut, donner l'essor à l'initiati, e populaire, opérer la ré, olution par en bas à l'aide de la mutualité. La l:lanque du peuple ne doit donc èlre ni une ban<1ue d'Etat ni une banque fo11ctionnanl au profit ,l'une p<"lÎtecompagnie de gros action11aires; elle doit rester )a propriété de tous les citoyens c1ui en acceptc-ront les ser,·iccs. Proudhon prévoit un moment oil, par le nombre colossal do ceux qui eo se,ront souscripteurs, elle sera dispensée <l'avoir un capital de garantie. ?.lais, pour débuter, elle sera constituée au capital de 15 millions, et ce capital scr·a forml; par des actions de J frnncs, afin de n'exclure aucune petite bourse. Le papier <ru'elle émet se compose de bons de circulotio11, qui sont de, ordres de livraison à pcrpétuilé et payables à vue par tout sociélairc el adhérent « eo produits ou services de son industrie ou profession. • Tous les adhérents s'engagent à les accepter en paiements. Ces bons s'échangent sans (rais. La BanquE' devient comme u.n ,,aste entrepôt de crédit gratuit~ et

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