Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

IIISTOIRE SOCIALISTE d'échan:;:c direct. Pour faciliter l'opération, il se crée cieux grands organismes : 1° Lln syndical général de la production; 2° Un syndical général de la ,·onsommalion. Cc double syndical fonctionne comme nn double bureau de slalistiquc, relevant dans Lous les domaines l'oflre el la demande cl en dressant le tableau comparatif. Le syndicat clc la production d oit conslilucr des corporations libres qui seront les cadres futurs des lra,·ailleurs, coordonner les rapports qui en viendront, recevoir et contrôler les produits cl aussi répartir le travail entre ceux qui en réclament. Plus tard il organiscrn l'assurance mutuelle cl une caisse centrale de retraites\. Le sy ndical de la consommation se chargera d'entreposer les matières premières, les produits rnanufaclurés, et d'en opérer l'écoulemc11l. Il créera pour cela de grands magasins ol1 tout le monde pourra \'enir s'appro,·isionne r. Un producteur. en y apporlant les produits de son tra,·ail, obtiendra une avance gagée par C"S produits ,nèmcs, dont la \'CnlP sera assurée par les soins du syndical. Ainsi Proudhon, se rapprochant des fédérations agricoles et industr ielles conçues par Fourier, s'inspirant des projets d'organisation clu crédit élaborés par certains fouriéristes cl, en particulier, par Coigncl cl Jules Le chevalier, arrivait à concc,·oir la so<'iété future comme une grande coopérativ<' de pr oduction tra\'aillanl pour une grande roopéralÏ\'C de consommation. La Banque du peuple eut des adhérents. Elle en rccmta 20,000 en six !1-Cmaincs: Proudhon, se réjouissait du succès, quand il fut mis en prison. PriYéc de son chef en pleine période d'organisation, la Société périclita cl tomba. Son fondateur. tt·i-s tenace, se promettait de la relever un jour. Les évènements ne le lui permirent pas, et, faute du critérium décisi f de l'expérience, la ,·a leur pratique de l'idée est restée à l'état de point d'interrogation. Su,· sa ,·a leur théorique, Proudhon, pendant qu'il était sous les ve ,.,.oux, échangea avec l'économiste Frédéric Bastiat, de :'l'ovcmbre 18!,9 à Mai 1850, une série de lettres publiques. Chacun d'eux, comme il arrive dans ces polémiques, coueha sur ses positions, malgré quelques concessions réc iproques. Les deux adversaires envisagent la question de deux côtés très diff érents, et l'on comprond qu'ils ne puissent s'accorder. Bastiat se place nu poi nt de vue de ce qu'on peut appeler l'économie privée, des relations entre un p articulier cl un autre particulier; il n'a pas de peine à démontre,· que le droit de propriété, si on l'admet, suh·ant la vieille définition, comme le droit d'user et d'abuser des choses appropriées, de les aliéner et de les transmettre par héritai:e ou autrement, entraine la légitimité de l'ù,térèl, du lover, du fermage. Car le propriétaire, en prèlant ou en louant cc qui lui appartient, se prive d'une jouissance; i! court aussi un risque, et loyer, fermage, intérêt sont ou une prime d'assurance pou,· ce risque ou une compensati on pour cette privation. Il croit que celle rente du capital peut diminuer indéfiniment

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