Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

HISTOIRE SOCIALISTE F.lle fut aggravée, eu L848, par la crise politique et, davantage encore, pa,· la lutte sociale qui était au fond de la Révolution cl mettait aux prises les cieux grandes catégories de producteurs, les employeurs cl les employés. Le travail se refuse ou menace. Le capital se cache ou s'enfuit. De part cl d'autre méfiance, mauvai~e volonté, malentendus qui aboutissent it des conflits sanglants. Après les journées de Juin, une reprise des affaires a lieu ; mais surviennent l'tlectiou pr·ésiclenticlle, les élections à la Législative,l'échauffourée cl11i3Juin 1849, et clans la France, ébranlée par des se,·011sses multiples, t!evcnue cornme une sensitive qui vibre et se replie au moindl'C choc, chacuu de ces événements suffit pour troubler les esprits et retal'der le 1·elour à la vie normale. Ceux qui ne vraignent pas le détail infini des fait" peuvent recourir pour se renseigne,· à deux enquêteurs conlemporains; l'un, Blanqui l'ainé, qui fut le délégué officiel de l'Académie des sciences morales el politiques: l'autre, Audiganne, qui consigna des observations personnelles dans une série cl'arlicles dont il fit plus lard deux livres; ils peuvent consulte,. aussi l'Enquèle inédite dont uous avons déji1 longuement pa1•lé; puis celle qui fut menée par la Chambre de Commerce de Paris et dont les résultats remplissent un gros YOlume in-folio de 1008 pages; enfin les innombrables pièces originales qui existent dans les archives de l'Etat, des départements el des communes. Mais nous ne pou,·ons ici que faire Je tour rapide des régions manufacturières el des grandes villes industrielles, pour y conslaler les difficultés et les dommages dont l'industrie souffrit en 1848.. \clolphe Blanqui évalue la perte subie à 10 milliards, chiffre exagéré sans doute el qui trahit l'économiste mécontent: suivant Audiganne, la production aurait diminué de moitié cnYiron et la pcl'te totale pourrait être évaluée:, sz;o millions pour les patrons, à 312 millions 1/2 pour les ouvriers. Ce sont là des chiffres difficiles à vérifier, d'autant plus que les statistiques sont alors plus que jamais sujettes,, caution. ll,est sage de préférer provisoirement ,, ces imposantes et problématiques généralisations de menus faits plus précis. Je les glane sur Loule la surface du territoire. Le ?forci apparaît frappé plus que le :\li<li (est-cc pour cela qu'il fut moins hostile au Coup d'Etat') et il pâtit davantage, précisément parce qu'il est plus industriel et aussi parce qu'il a été plus protégé dans l'époque précé dente. Partout les industries qui avaient réclamé aide et protection, qui se reconnaissaient ainsi faibles el malades - celle du lin par exemple - sont vite à l'agonie. Après elles, les plus fortement touchées sont les industries de luxe, qui, en temps de révolution, sont toujours atteintes les premières (soieries, tapis, cristallerie, ganterie, etc .. Puis viennent celles ol1 l'ouvrier gagne le moins en temps ordinaire ; car les bas salaires prouvent déji.t chez elles une certaine difficulté de vivre. A Lille, cl clans son voisinage, on

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