Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

29G IIISTùlRE SOCIALISTE est-il qu'il se plaignit ,·iycmcnl des exagérations des économistes, se rnoqua de leur prétention i1 mieux connaître les inté1·Hs et les désirs des ou,•ricrs que les ou,Ticrs cux-mèmcs, déclara qu·on pouYait bien proscri1·c les t1·op longues journées de travail, ruineuses pou1· la santé, puisque d6jà ron avait inlcl'dit certaines industries insalubres: que le principe était, en somme, le ""'me dans les dcnx cas. Puis, s'appuyant sur les a\·is de la Chambre de cornmcr<·e de Rouen, sur les rapports de nombreux préfets, il affirrna qu'une )imita_tion de la journée de t1·a,·ail ;t douze heures répondait à la fois aux besoins réels de l'industrie et aux vœux de la population. Celle entrée en campagne du gou\'crncmcnl décida du succès de la bataille. D'autres 0l'atcurs, encou1·agés, ,·inrcnt décla1·er que, si le socialisme étaiL la peste, ils consentaient it passer pour pestiférés; que cela valait mieux, après tout. que la doctrine égoï~lc et puremcnl négative du laisse:, faire. - Puis ils firc11t voir que le raisonnement des économistes l'eposait sur des hypothèses non vérir.ées: que réduction des heures de t1·avail ne signir.e pas nécessairement réductioh dans la quantité produite, parce que des hommes moins fatigués peuvent proc.l11i1·emieux cl da\'antagc. Ils écartèrent le fantùme <le la concurrence étrangère, vu que les pat1·ons dans les pays \'OÎsins, seraient obligés par lcul's ouvriers dïmitel' les concessions de leurs confrères français; une fois de plus l'exemple du progrt:'s serait contagieux et viendrait de France. Quant: aux manufacturiers, ils seraient si peu ruinés, que quel- <[ucs-uns d'entre eux acceptaienl déjà l'idée humaine d'établi1· un minimum de salaire garantissant au moins son existence au travailleur. Les économistes curent beau crier qu'ils n'admettaient pas de compromis entre deux principes inconciliables, la tyrnnnie et la liberté: qu'ils protestaientcont,·e l'établissement d'un régime despotiqucdigncdu pacha d'Égypte. La proposition du gouvernement fut renvoyée à la Commission; cl après u11 nouveau rapport et une nouvelle discussion, la Constitutuante adopta le principe de la limitation légale des heures de tra,·ail. Des amendements de Gambon, de Pierre Leroux proposèrent de fixer à 10 heures, puis ü 11 heures le maximun; ils furent repoussés à une énorme majorité (61.6 contre 6i). Mais la limite de 12 heures fut acceptée. li fut admis, en même temps, que dans des cas exceptionnels, avec l'autorisation du maire et du Conseil des Prud' hommes on pourrait la dépasser, mais i, condition qu'alors ce travail supplé• mentaire serait payé à part. Une amende de 5 fr. à 100 fr. devait punir les cont1·a,·entions; mais l'amende était multipliée par le nombre des ouvriers indùment employés, sans qu'elle pùt cependant s'èlcver au-dessus de l.000 francs. Le repos d11Dimanche. - On peut rapprocher de cette réforme la proposition que catholiques et socialistes unis déposèrent pour que le travail fùt suspendu de droit durant les jours fériés. C'était pour les uns la sanctification du Uimanchc et des fêtes de l'Église. C'était pour les autres la nécessité d'un

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