Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

HISTOIRE SOCIALISTE de l'Elal fabricant, cbmrncrç;aut,. agric.ulteur, cnlreprr.ncur ou co,nmanditaire de toutes les industries. La chose est impossible, s'écriait Thiers avec conviclion. -· C'était éluder le problème avec prestesse. Il s'agissait p1·écisémenl de savoi1· si du travail ne peut-être assu1·é à tous par l'organisation de \·aslcs associations professionnelles fonctionnant sous le contrôle de l'Etat; mais les socialistes étaient alors une infime minorité, surtout dans l'Assemblée; ilS avaient à parler devant une majorité aussi hostile quïgnorante de leurs projets; Louis Blanc était en exil. Pourtant it Thiers qui leur criait: « Sortez enfin <le ,·os nuages, apportci-nous vos idées! n - Considcrant, malade, répondit en relevant le défi. li croyait posséder le secret de fournir du travail à tout le monde; seulement il ne pouvait en quelques minutes, dans un discours improYise, faire assister en quelque sorte à la naissance d'un monde nouveau : il proposait à rAssembléc de l'cntenclrc, non pas clans des séances régulière(ol1 la discussion des affaires couranles absorbait tout le temps, mais dans quatre séances du soir, toutes facultatiYe~, oll viendraient ceux qui ,·oudraienl <.~Ireéclairés ,·, ce sujel. Le président refusa de mettre aux YOÎX celte proposition, en alléguant que l'Assemblée n'était pas une classe ayant besoin de leçons; et Considcrant dut ajourner i, beaucoup plus tard l'exposé des moyens pratiques quïl avait dans J'csprit. Forts du silence des socialistes, Thiers et Tocqueville cléclarè1·ent que le communisme ne se discutait pas, que c'était la servitude, la mort de l'initia~ tive ind1\·iduellc, l'al'l'ôl du travail, la transformation de la société humaine en une société d'abeilles ou de castors; que l'association, pn~chéc par Louis Blanc et appelée par Thiers i, huis clos • la plus ridicule de toutes les utopies», a,·ait lamentablerncnl échoué; que le crédit mutuel et g~atuit préconisé par Proudhon était une chimère: qu'en somme le droit au travail consistait à donner quarante sous par jour aux oun·iers en chômage forcé ou volontaire; qu'il aboutissait nécessairement aux Ateliers nationaux, et par suite a la guerre civile, i1 l'insn1Tcction. Thiers insistait en terminant sur des considérations financières. D'abord le trésor était vide et eût-il été en bon état, qu'on ne pouvait le mettre à eontribution ; car il était le trésor du pauvre, formé surtout par l'argent de la classe la plus nombreuse qui était aussi la moins aisée. L'aveu était étrange clans sa bouche. Thiers le risquait dans son désir d'opposer au prolétariat des villes une autre pOl'tion du prolétariat. Il soutenait, en elfet, que prendre sur le budget pour soulager la misère des ouvriers, c'était ·Caire to1·t aux paysans. Ses adversaires, craignant la réprobation que soulevait alors toute idée qualifiée de socialiste, se contentaient de proposer des mesure~ qui ne devaient imposer à l'Üat ou à la propriété aucW1 sacrifice grave et durable. Mathieu de la Drôme voulait qu'on encourageât l'agriculture pour fai,·e refluer le tropplein des faubourgs sur les campagnes. D'autres souhaitaient qu'on multi-

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