Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

HISTOIRE SOCIALISTI~ priété. » Il voulait dire qu'on ne peul organiser 1'1111 sans modifier l'organisation de l'autre. On crut, ou l'on feignit df' c1·uirc, qu,il s'agissait d'abolir la propriélé privée, el la question de la propric'té se trouva jc1,'r dans la conLro,·e1·sc. SuJ' cc point, drux opi11ions sculC'mcnl. Personne nt" rér-lalHC la suppression de la propl'Ïété indiddurllc. ~lais les uns la consicli•rcnt jeomme quclqttt' chose d'absolu, d'immuable, dïnlangiblc. Lama1·tinr ur d<'rlarc-t-il pas quïl l'adore el lu met sur un autel? Les autres C'stimentqu'elle csl s011misc;co111mc toute chose humaine, à une é,·olution l'i peul a\'oir, suivant lc-s temps, df's prérogatives plus ou moins grandes. Thiers, son avocat, la présente comme étcru€'1lc, <·ommc ayanl existé de tout temps el en tout pays (Cl cela peut se so11lcnir, à rondit ion qu'on ajo11tc quo la p1·opriété indi,·iducllc cl la p.-opri{·L<c' oll,•rlile ont toujours coexis1,-., mais que le dosago de 1'11nc cl de l'autre a \f11·il• infiniment. dusog<' qui est le fond du problème économique. ~lais, sans fai1·c cellr distinction nére~sairr, Thicri lui all1·ibuc une origine divine, en cc ~c11s quïl la montre inhérent(' :'t la nature de l'homme, Jaqudlc est _l'œmTe dtt Créateur. En me de la l,'f,;-i- ~timer, il lui assigne pour fondement le travail. l.<'s premÎl't·~ qui onl enclos et cultivé un terrain en sont devenus propriétaires, puis l'ont transmis :, leur5 enfants:; l'héritage étant de droit natu,·cl 011 di,•in, comme la propriété, la possession du sol et de ses produits se trouve de la sorte pour jamais fixée cl réglée. La loi civile n'a fait que consacrer la proprit'té; clic ne l'a pas créée. La Constitution 1>eutet doit la garantir; elle ne 1>cutui la limiter ni la modifier. Or, le droit au travail, c'cst-1,-dir·e le droit pour les lard-venus d'avoir accès 'aux instruments de travail possédés par de plus heureux, est, en somme, un droit à la propl'iété d'autrui. Car on ne peut leur fournir du travail que par lïmptll, qui est un prélè-vcment sur la pr·opriélé. Mais cela ne peut être exigé, imposé, li moins qu'on n'admette que la propriété est un privilège ac,·ordé à quelques-uns au détriment fies autres; et, co,nme celle hypothèse a été écartée dès lo début, il ne reste qu'il <:ondamner le droit au travail, cc que l'on fait sans hésiter. A celle théol'ie superficielle clo Thicr·s, inventant l'histoire eL la préhistoire avec audace, i\lathieu de la Drôme oppose une conception tout autre. Il raille cette propriété do droit divin, qui ne lui parait pas plus vénérable que la royauté de droit divin. Au lieu de la faire descendre du ciel, il fait voir en elle une institution très humaine, qui repose, suivant la définition de Fénelon, sur la loi écrite, ou, suivant celle do Mirabeau, sur le consentement universel des membres de la société. Or, de que ses hommes onL fait, d'aut,·cs hommes peuvent le défaire. le modifier. Et, à son avis, puisque la tet'l'c est devenue le monopole d'un nombre limité de possédants, puisque, par l'extension de eelt~ propriété individuelle, les droits de chasse, de pèche, de cueillette, de pàture, dévolu• il tous les homme& dans les sociétés primitives, ont

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