Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

26:.! IIISTOIHE SOCIALISTfi: rir ses parents clans la détresse, à défendre la patrie, à obéir aux lois, elc., les scco11cls (tissu souple cl hlchc, qui se resserre ou s'élenji au gré de chaque conscience individuelle) pouvant êlrc it rnlonté remplis ou négligés, suivanl 1a générosité des personnes; tels étaient les devoirs ordonna11t de secourir ses semblables. Les premiers pouvaient èlrc du domaine de la politique, c11t1·cr dans les lois; les autres,au coat,·aire, étaient du domaine de la morale pure; on pouvait c11 conseiller, non en imposer l'accomplissement. Or, la Commission mellail au compte de !'Etal le devoir la1·gc de procurer du lra\'ail i, ceux qui en manqucraicnl. C'était une delle qu'il paierait, quand il pourrait. En somnic rien n'était changé à cc qui avait existé, puisque la monarchie cllc-mè111e a,·ait admis et (H'ganisé des secours publics, des ateliers de charité. Mathieu de la Dr,)mc cl ses amis lullaienl contre celle conception étroite cl voulaient que l'Etat fût l'agent de la solidarité qui unit les membres d'u1ie 1m'me so<"iét,·. Bca111·onpd'entre eux, Lcdru-Hollin, Crémieux, ~lathieu de la Drôme lui-mtimc, 11'étaic11lpoint socialistes el le disaient Lien haut. Mais, en présence de la misCrc, prouvc.:;c surabondammcul par 1'insu1Tcction ré<·cnte, ils rédamaienl de la société un engagement ferme, non seulement à pro('ure1· du travail aux gens, quand elle en aurait ù sa disposition, mais it organiser les choses de telle façon que le tra\'ail ne manquàt pas en cas de ,·hùmage des ateliers pl'ivés, que personne ne ftit exposé à mourir de faim faute clc pouvoir atlcind,·e aux moyens clc productiun. Ils rappelaient qu'au fort des journées de Juin l'Asscmblte amit renouvelé les pl'Omesses faites aux t1·a,·aillcurs par Je Couvcrurmcnl provisoire:« Ouvl'icrs, on vous trompe, on Yous égare; le pain est suffisant pour tous; la Constitution garantira à jamais l'existence à tous. • Ils disaient que la charité est une belle vertu qui aura sans doute sa ré(·o111pe11se dans un autre monde; nrnis que la société, qui ~:orcupc de cc monde-ci, a d'autres devoirs que les sitnples particuliers; que ri\'ilisntion, que Hévolution obligent; que le progrès consiste pour les peuples à faire entrer de plus en plus dans le domaine de la justice ce qui était jadis abandonné à !"arbitraire de la bon lé. Ils ne disaient pas (car ils t,lehaient de ne pas irriter leurs ad,·c,·saires), mais ils auraient pu dire qu'il y avait une cuisante ironie. de la part de gens bien rentés et bien nourris, à laxer de matérialisme des ouvrie1·s, qui, pour prix d'une victoire, avaient demandé scu• lcmcnt qu'on leur assuràt la faculté de travailler. Ils répliquaient seulement que socialistes et prolétaires étaient autanl que personne des hommes d'idéal. Mais tous les efforts pour modifier le rôle de l'l~tat étaient neutralisés par une pensée que tous, partisans el adversail'cs, avaient également; c'est qu'au fond le droit au ll'avail implique une nouvelle organisatiou économique, el e'étail le second point du débat. On allait répétant des paroles prononcées par Proudhon dans le Comité des finances : « Donnez-moi le droit au travail; je vous abandonne la pro-

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