Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

IIISTOIRI·: SOCIAI.ISTE mière Hé1ol11tion. Louis Blanc publiait une brochu1·e intitul<'e: l'lu, de Girondin,! Et là, se piquant de difend,·e la pure doctrine des Jacobins et de 1a Convention, il c~primail la r1·ainlc qu'on ne remit ai11si les desti11l-c:--<lu pays entre les mains de l'ignorance. de 1a routine. de l'erreur. L'historien doit rcle,•er cette défiance i, l'égard du rnle populaire: die expll'tp,c le clt-dain qu'~, plus foJ'le raison les classes dirigeantes profcssaie11t, pour la eo111p(:lcncc politique du grand nornbrr. ~ous savons déjt, que les préférences des républicains comme des munar• chistcs allaient i1 un gouvernement fort; que- les partisans des lib<>rl(·s locales et personnelles t·taicnt en mino1·itê à L\sscmbll•c t·ommc da11s le pays. I.e principe d'autorité, ainsi \'Ïctoricux,eul au'isÎ ses théoriciens. Je 11'en citerai (ftH'.' <lrux. Emile de Girardin, dans la Presse, commence p:ir nif'r la s011,·c·• raineté populaire. Donc point de législale1as. « Les lois sont aux soeiélt:s cc que sont aux édifices les échafaudages qui ser,·cnl :1 les construire; quand les édifices sont construits, non seulement les échafaudages ne servent plus, mais ils nuisent». Il suffirait d'une loi pénale acceptée par tous ù 1'11nanin1Îlt' cl punÎ:,,,!-ant toute allcinte incontcstahlc portée ù la lil,crté d·aut1·11i ou à sn prop1·iétl'. Girardin 11c nous dit pas comment celle unanimité ~c,·ail conslatl·c, comm<'nl cette loi serait ,·otéc. ~laii:;, anarchiste à rC'bours, il 11c songe pas. C"II niant l'utilité d'une assemblée comme Proudho11 et Consid<'rant, ù <limi11uer, ('Omme eux, le pouvoi1· exécutif. C'est bien un projcl de go11w:rne111enl direct qu'il développe. li propose 1\-lrction au suffrage u11i,·c1·scl <l·u11 hommf• qui sera proclamé ministre du Peupl,· et moir<' de Fr(lncc. élu pour un an et lou· jours rééligible. Les onze candidats qui. aprës l'élu, ;iuronl rl!uni le plus de voix, formeront une commission <le survcil1ance et de publicitè cl seront nommés dans lC's mêmes conùitions. l:un go11vC"rne 1 les autres eontrùlcnt. En cas de conflit entre le maire de France et ses surveillants. le peuple tranche le diffëre11d. S'il rét•lit le prnmicr, il lui donne raison; siuon, iJ lui donne tol'l cl du mt<:mc coup désigne son rcrnpla('ant. Que fait ici Cirardin ~ Il trace presque le programme de la t~onslitutio11 impél'ialc. Un souverain élu par un plébiscite el ayant un pou,·olr absolu, saur ratiflcation de ses actes par le peuple. Il ne se demande pas si par hasard le pOU\'OÎr, du côté de l'élu, est réel et énorme, tic·tif el nul du cOlé des sur- \'eillants réduits à de vaines remontrances et du peuple qu'on ne consulte <1u'aprês coup. ~'la~s il aboutit curieusement par sa prétendue suppression du principe d'autorité au despotisme le plus cru. Il ne faut pas s'étonner si Girardin fut de ceux <1ui se ralli~l'enl assez vite au souverain créé par le Coup d'Etat; le nouveau régime se rapprochait de celui qu'il a,·ail rè\'é; il flattait sa vanité d'inventeur. A cc titre, so'n système, qui aurait pu passer pour la fantaisie d'un isolé, ~st un des symptùmes de l'état d'esprit qui aida le Second Empire à s'établir.

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