Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

HISTOIRE SOCIALISTE pure doctrine avec les inslilulions des peuples qui se discnl chrétiens (1 . C'esl par là que Pierre Leroux, Louis Blanc, Considcranl pcu,·cnl se pique,·, tout comme Buchex, de 1·éaliser l'Evangile sur la terre et p1·cnd1·e pour ligne tic conduite le vagu,! et doux précepte de Jésus: • .\imez-vous les uns les autres ». Ils estiment que l'amour peul t._t,·c à certains moments un puissant outil révolutionnaire, que la pitié pour les faibles est ouvrièrC' de justice, bien plus! que la sympathie pout· nos semblables, qui se confond en dernière analyse 3\"CC le souci du plus grand nombre, est un ciment indispensable i1 la cohésion des élëmenls sociaux. Du reste, li, s'arrêtent les rapports du socialisn1c avec la religion clu·éticnnc. surtout avec le catholicisme, comme :\Jontalcmbcrl et Falloux se chargi·renl de le conslalcr U\'ec justesse cl raideur. Au rebours du chrii-.Lianismc, les socialistes, à l"cxception de Cabet. de Pierre Leroux cl <l"un petit nombre d'autres, n"ont point une momie ascétique; ils ne '"anlc11l pas les mérites et les joies de la paun·Cté, du renoncement, de l'humilih~; ils entendent que tous les êtres humains aient acci·s à toutes les jouissances 1·ésc1·,·écs jusqu'alors aux privilégiés. Ils veulent l'accroissement de la richesse en ntt.~me temps que son expansion pa1·mi les hommes. lis ne rc11\'0Îcnl p/s à l'au-dclù la satisfaction problématique de nos instincts les plus naturels ou de nos, désirs les plus nobles. C'csl sur terre qu'ils fonl descendre le paradis cl la justi('c. lis ne préconisent pas clavanlagc la simplicité cl'cSJ)l'ÎI, lïgno1·ancc. celle peur du sa,·oir cl du libre ex.amen qui se_ trahit dans la mise ù. lïndcx des li,-res contrai1·e~ it l"orthodoxie catholique; ils réclament pour tous une culture intellectuelle aussi compli:LP.<111epossible. c·c~t qu·.1u fond la pl uparl des socialistes d'alors, si religieux quï 1s soient, sont ~irigés, en <lchor~ du sentiment <1ui les rapp1·ochc des Jll'Cmiers chrétiens, par des idées qui les éca1·tenl d'eux. Ils pensent, comme Housseau, que l'homme est Uon naturellement, tout au moins prrfcctiblc, rl, comrne Saint-Simon, que l'àgc d'or est non dcrrii•rc, ,nais devant nous. Et de là déri\'entdcs conséquences très gra\'eS. Ils ont u nn foi i nCbranlahle en l'avcni1·; ils comptent sur la générosité <les hommes, et partant sur la collaboration de la classe bourgeoise pour le rclè\'Cmcnt de la classe ou\'rièl'e; ils csp~•,·cnt une nou\·elle nuit du Quat1·e-Aotil; ils sont conciliants jusqu'i1 la naïveté: ils sont persuadés que la Révolution peut ~·accompli1· ù la fois Lr(·s\"Île et pacifi. quemcnt. Lo socialiste anglais, Hobcrt Owen. qui, le :J anil 181,8, parle dans sa lauguc ,, la Société fraternelle cenlra.le, lait, avec la pleine approbation de C,,bel, deux déclarations significatives. Il dit: • Mon plan scrn le c!temin de fer dC'stiné i1 condui1·c l'humanité au bon.heur,» cl il ajoute: (( I.e nouveau systëme ne ,·eut la destruction du bien de qui que cc soit». Tous, sans en excepter Cabet ou Pierre Leroux, constatent l'antagonisme, la lutte ouverle 1. Voir \"îctor lleunlcr: /,c Chrût dc1,a,it tu Co,iseils de guerre, et \"ielor llugo daos Us Chdtimrnts: Parok:.11,•un r<,r11c1·1,atcu,· à propos d'11n pcrtttrbo.trur.

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