Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

1()8 HISTOIRE SOCIALISTE que, pour sorti,· <lela Constitution oi, les républicains p1·étcndaicnl enfermer leurs ennemis, on avait chcl'ché et trouvé t( I1issuc du domicile>,. L'honneur de ]a décou,·crle l'C\'enait, paraît-il, au duc de Broglie. Thiers eut un mot plus c;nactéristiquc encore, et qui laissait ,·oir en plein l'orgueil intraitable des(< dasscs éclairées ))' comme on <lis:.iit alo1·s. Il flétrit du nom de « ,·ile multitude » les millions de Français qui allaient se tr011\'Cr chassés du scrutin. i\lo11t:llcmbcrl avil.ilditenco~c: << Nous a,·ons pour nous 1aforce cl la loi. » - Thie1·~ ajouta : « Yiolez par l'insurl'ection la loi que nous faisons el vous verrez alors ce qul' nous ferons.» L'ë111c11lcqu'on semblait appeler ne vint pas. La minorité p1·ovoquéc, bafouët.•, impuissante a faire passer l'amcnde,r1cnl même le plus modéré, se vengeait pa,· l'ironie, l'ar,~e des faibles. Elle proposa que les individus dCclarés indignes de voler fussenl aussi décla•·és indignes de scn·ir clans l'armée et <lepayer les imp<lts indirects. C'était une façon de faire ressortir combien il est injuste d'imposer des devoirs ci"iqucs à des gens qu'on prive dcsdroitsco,.,.élatifs. ~lais il s'agissait bien <lejustice et de raison! Léon Fau- <'hc,· faisait pou,·suivc comn1<• des coupables les pétitionnaires réclamant le mainLicn du suffrage universel. Une parlic des légilimislcs, qui, avec de Genou de cl La Hochcjarquclcin, en avaient demandé l'établisscmcntsous LouisPhilippc, voulurent obtenir qu'on ménagcâl du moins les paysans pauvres, qu'on inscrivit sui· la liste élcl'lorale ceux qui lig111·aic11stur la liste des indigents. ~lais, quoique la loi fut dirigée surtout contre la démocratie urbaine, la démocratie rurale commençait aussi à Mrc suspecte à la bourgeoisie. Elle ne trouva pas grùcr et, lorsqu'on en vint à discuter l'interminable série des indigni'tés entraînanL la pcl'le des droits électoraux, cc fut une émulation à qui en i1l\'cnterni1 do nouvelles. Indigne quiconque aurait été condamné i, plus d'un mois d'emprisonnement pour mendicité ou vagabondage, pour outrage envers un juré ou un témoin, pour contravention à la loi sur le! allroupemcnts, sur les dubs, sur le colportage, ou aux règlements sur les maisons de jeu cl les loteries! Le droit de ,·ote était ainsi mis i1 la merci des tribunaux bourgeois. Et qui, parmi les républicains, pouvait se flatter cl'él'happer à ces délits élastiques: outrage ù la morale publique el religieuse, attaque contre Je principe de la pl'Opriété cl les droits de la famille ? Rayés encore, les militail'es qui étaient envoyés dans les compagnies de discipline! Hayes. les faillis non réhâbilités ! Rayés, les villageois ayant commis <les délits ruraux souvent insignifiants ! Rayés, l'adultère el le complice d'adultère! On épurait, épurait, épurait. Tout le Code pénal faillit passer dans la loi. La majorité s'arrèta de guerre lasse. La loi fut votée le 31 Mai par 1,33 voix. Elle annulait la grande conquête politique du 21, février. Quand on lit le calcul, on s'aperçut que le nomb,·c des radiations était exorbitant. Le message présidentiel de 18;';1 l'évalue i,

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