Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

HISTOIRE SOClALISTR J9!J trois millions d'électeurs (1/ dont les deux tiers éta_icnt des ca111pagnal'ds. Mcltons qu'il exagère un peu ; mais Guizot lui-mt'·mc estimait qu'on était al!('• trop loin; Odilon Barl'ot expl'imait des inquiétucks. Elles /·laient légitimes. Cet abus de pou,·oii· rendait irrémédiable la l'llplul'e cnt,·c Je peuple et r.\sscmbléf'. Cc coup d'l~tal bourgeois était surtout pou1· le princc-p1·l··~idcnt une lcc;;·onet une csp(•l'anec. Il lui enseignait, si tant est que cet enseignement f1H nécessaire, i1 se moquer de la Constitution. Il lui fournissait 1111 mc,·.-eillcux moyen d'action et de popularité pou,. le jour où il voudl'ait attaquer la majol'ité. I.e gouvcl'llcmcnt fil le mol't pendant la c.liscussion. Les familiers du prince évitèrent de se compromelt1·c da,1s celle œu,Tc <le mesquine rancune. Lui-même se .tenait dans une réserw• qui aurait dl1 fail'e songe1·. - Une de ses amies, }.[mr Co1·nu, lui di:-.ait i1cc pl'opos : « Je ne puis croire que vous, fils du suffrage universel, vous défcndif'z I<· sulfragcrest1·cint. - Et il 1·épondait: - Yons n·y comprenez rien. Je perds l'Assemblée. - Yous périrez avec elle, l'épliquait lïntcdocut1·icc. - Pas du tout. Qnand L\ssemblée s,,ra au-dessus du pl'écipice, je coupe la rol'de. Paroles peul-èl1·e imaginées ap1·ès coup, mais n·aisemblables, c-t en tout cas exprimant avec prCcision la tactique que le Président allait suin·c. Cette loi n'avait pourtant pas encore épuise'- la fu1·r111·réactionnai1·e <le l'Assemblée. Le O juin, elle eu adoptait u11c aul1·c qui p1·01·ogcai1 d'un an les mesures votées contre les c}ubs, et qui en étendait les dispositions aux réunions électorales, « qui seraient de nature i1 compl'0mcttre la sécurité publique,. Cc n'était pas enco,·e assez d'empècher les électeurs de délib,'1·c1·, si l'on n'empêchait leur opinion de se former librement. La p1·cssc- élait reprise à son tour dans l'engrenage du moulin broycu1·. Au caulionnenwnt l'établi de fa('Oll définitive s'ajoutâit l'obligation de la signalur~ pour tout article de discussion politique, philosophique 011 religieuse. I.e journal, intPrprèle d'un pa1'li, organe anonyme d'intérêts collectifs, se transfo1·mait ainsi en un inst.1·t11nent de vanités et d'ambitions individuelles cl mcllait . l'écriv~in à la discrétion du pouvoir. Son autorité, quoi que plll en pensol' la gauche qui vota celle disposition, en était étrangement diminuée. Sa vitalité aussi était compromise, non plus seulement par la nécessité du caulionnemenl, mais par l'obligation de vet·ser dans les trois jours la moitié du maximum de l'amende encourue, chaqu" fois qu'après une poursuilc intentée un nouvel article était incriminé. Puis, charge plus lourde, le droil de timbre était imposé i1 tout écl'it périodique ayant moins de dix feuilles, même s'il venait clc l'étranger; on frappait ain~i la revue et la brochu1·e qui pouYaienl émaner des proscrits. Les frais de- poste étaient augmentés pour lesjo.urnaux expédiés par toute autl'e personne que l'éditeur; on entendait ainsi rendre plus difficile aux pnl'ticuliers l'envoi dans les campagnes t. Let 1able1ux offleicls con81al<'nt qu'au 1:-,mars 18.\9 le nombré tle~ électeurs inscMts ~tait de t,111,0~T, •t 1.tu.'aprt.'sla loi du 31 mai il detceodil à 6,809,281. /

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